By Aksel.casa

Je pense avoir écrit depuis toujours, que ce soit pour mon travail ou par plaisir, dans des espaces professionnels ou dans un journal personnel. Avec l'âge, j'ai envie de partager mes écrits dans un cadre convivial et également lire ceux d'inconnus partageant la même joie. Après tout, n'écrit on pas pour être lu?

Le hasard fait bien les choses

 

 

 

 

 

 

 

Le hasard fait bien les choses

 

 

Le hasard n’existe pas, du moins au sens où on l’entend communément. Contrairement aux esprits forts, je n’ai jamais cru que le monde dans lequel nous vivons soit le fruit du hasard. Par hasard, des molécules sont nées à l’issue du Big Bang (quelle force est à sa genèse ?), par hasard, elles se sont assemblées pour former des corps simples, par hasard, des millions d’années plus tard, elles ont donné naissance à l’extraordinaire complexité du corps humain et de la nature tout entière. Enfant, j’ai fait l’expérience de mettre un jour un jouet cassé dans une boîte dans l’attente que le hasard le répare. Des années plus tard, il était toujours aussi cassé, n’avait pas évolué en autre chose. Sans doute est-ce de ma faute, pour que ça marche, il faut attendre des millions d’années ! Je ne suis pas assez patient.

Bref, pour moi, le hasard est un enchaînement, une suite de circonstances induites par une volonté, quel que soit le nom qu’on lui donne. Depuis quelques années, la physique quantique semble me donner raison. Nous sommes partie de l’univers et nous sommes l’univers entier à la fois. Par conséquent, je suis persuadé que l’on peut orienter l’ordre des choses, dans une certaine mesure, et que nous pouvons influer sur notre « destin ». Quand j’emploie le mot « destin », il ne s’agit pas du « fatum » antique, résultat d’une prédestination ; dans ce cas, on ne pourrait faire un pas qui ne soit prévu dès avant notre naissance, donc plus de libre arbitre. Il n’y aurait qu’à se laisser porter par ce fameux « destin » et en accepter le sort, bon ou mauvais sans pouvoir y rien changer. Non, pour moi, ce mot signifie plutôt « sens de la vie ».

 Je l’expérimente avec succès depuis quelques temps en voiture. Lorsque je recherche une place de stationnement à tel ou tel endroit, il semble que les événements s’organisent pour qu’une voiture démarre au moment où j’arrive ou alors que je découvre soudain une place libre dans un parking bondé. Certains appellent cela de la chance, mais moi, je sais que c’est parce que je l’ai décidé : je veux une place et j’en ai une.

Tout ce préambule pour éclairer la suite de mon récit et expliquer comment je suis devenu aujourd’hui un homme comblé sans m’être donné le moindre mal ni m’être sali les mains par une action malhonnête.

J’ai mené jusqu’à ces derniers temps une existence médiocre, pour ne pas dire minable. Fils unique d’un homme rejeté par sa famille pour cause de mésalliance, j’ai grandi dans une pauvreté relative, mon père n’ayant appris aucun métier et n’étant pas préparé à travailler de ses mains. Nous vivotions de commissions versées par des hommes d’affaires, suite à des contrats signés par son intermédiaire. Pas de quoi rouler sur l’or. Par contre, mon oncle, l’aîné de la famille, avait recueilli la plus grande partie de la fortune et avait su la faire fructifier au point de devenir l’un des plus puissants industriels de la ville, si ce n’est le premier. Très attaché au nom que nous portions, il faisait en sorte que nous puissions tenir un certain rang dans la société locale. Il nous invitait fréquemment pour le week-end dans sa somptueuse résidence, nous faisait admirer ses voitures de luxe, ses collections d’art asiatique dont il était entiché. Il passait en effet pour un grand connaisseur d’art Kmer, notoriété due surtout à l’argent qu’il y investissait. Mon père rentrait de ces réunions familiales totalement déprimé mais avec un chèque confortable qui améliorait l’ordinaire pendant quelques temps.

Les années passant, j’avais terminé tant bien que mal mes études secondaires, sans éclat mais avec une certaine attirance pour la littérature. J’écrivais avec assiduité dans le journal du lycée et tout le monde, professeurs compris, s’accordait à me trouver un certain talent. Sans prétendre me comparer à un Chateaubriand ou à un Flaubert, j’étais persuadé pouvoir vivre de ma plume tout aussi bien que la majorité de ces écrivaillons à la mode dont les médias nous rebattaient les oreilles.

De toute façon mes parents n’avaient pas les moyens de m’envoyer à l’Université et mon oncle ne voulait entendre parler pour moi qu’école de commerce afin de me mettre le pied à l’étrier dans les affaires. Il s’était fâché quand je lui avais parlé de mes projets littéraires et s’était refusé à les financer. Dans son esprit, étant le dernier des d’Urville, je me devais de continuer son œuvre et de perpétuer le nom.

Quelques années plus tard, le succès se faisant attendre, je m’étais résigné, à sa grande satisfaction, à accepter un poste plus que modeste dans son entreprise pour ne pas mourir de faim. Il attendait de moi que je fasse mes preuves et que je me hisse à la force des poignets, peut-être pour me punir inconsciemment de ne pas lui avoir obéi.

J’avais dépassé la trentaine et m’acheminais vers l’âge mûr, toute confiance en moi perdue, sans illusions sur la société incapable de reconnaître un vrai talent. Aucune de mes « œuvres » n’avait trouvé d’éditeur, j’étais à court d’idées, à défaut d’inspiration.

Un dimanche, alors que je flânais, abattu, sur les quais, je découvris chez un bouquiniste un ouvrage sur le pouvoir de la pensée. L’auteur, un sage indien, expliquait comment on pouvait transformer sa vie par la méditation et la pensée positive.

Je venais de perdre mes parents à quelques mois d’intervalle, mon dernier roman avait été refusé par plusieurs éditeurs en termes m’incitant à choisir une autre voie que l’écriture. Je traversais une période de découragement proche du suicide et ce livre fut comme une bouée de sauvetage pour moi. Je me jetai à fond dans la méditation, l’ascétisme et le yoga. Mon humeur et ma silhouette se transformèrent. De jeunes collègues féminines, qui m’avaient ignoré jusque-là me faisaient des avances. Je me concentrais facilement dans mon travail et même mon oncle commença à me regarder différemment. Ma position dans l’entreprise s’améliora enfin et je commençais à entrevoir un avenir meilleur.

C’est alors que commença l’enchaînement de « hasards » qui allait m’amener à la position que j’occupe aujourd’hui, qui était précédemment celle de mon oncle.

Ce lundi matin de septembre, vers huit heures moins le quart, les entrées de Paris en provenance de Normandie étaient saturées comme d’habitude. Le docteur Martini pestait à son volant. Il était attendu à la clinique pour une opération bénigne sur un patient important qui ne faisait confiance qu’à son bistouri. Il ne fallait surtout pas lui faire faux bond ni le mettre en retard, il avait un agenda de ministre et ne le supporterait pas. Coincé parmi les véhicules avançant au pas, il scrutait les différentes files pour voir si l’une d’entre elles n’était pas plus rapide. En vain; il fallait prendre son mal en patience. Il avait pourtant prévenu Florence, sa femme, la veille. Ils auraient dû quitter Deauville dimanche soir plutôt que lundi matin. Elle avait tellement insisté pour assister à cette soirée au Royal avec le gratin de la côte. Finalement, elle avait été déçue et ils étaient rentrés de bonne heure dans leur maison du Mont Saint Léger près de Pont l’Evêque. Du coup, ils étaient partis à six heures du matin, l’autoroute était proche et ils roulaient bien mais il se trouva pris au piège après le triangle de Rocquencourt, tristement célèbre pour ses bouchons. Il n’arriverait pas au Pont de St Cloud avant au moins trois quarts d’heure. Ensuite il fallait prier pour que le périphérique soit fluide après la première vague de travailleurs. Il le quitterait au plus vite pour prendre par les boulevards des maréchaux qu’il espérait moins encombrés. Il ne fallait pas compter être au bloc avant neuf heures trente au mieux, soit plus d’une heure de retard. Monsieur d’Urville serait furieux. Il fallait prévenir l’anesthésiste de commencer la préparation sans l’attendre et de forcer un peu la dose pour que le patient ne s’aperçoive de rien. Il prit son portable et composa le numéro.

Jocelyne avait passé une mauvaise nuit. Le petit Jérôme faisait ses dents et se réveillait toutes les deux heures en hurlant, ce qui mettait son mari d’une humeur exécrable. Il devait se lever à quatre heures pour travailler en boulangerie et son patron n’admettait aucun retard. Au matin, elle se prépara, enveloppa l’enfant dans une turbulette et se hâta vers la crèche. En le déposant, elle signala le problème à la puéricultrice qui la retint cinq minutes pour lui expliquer la conduite à suivre dans ce cas-là. Du coup, elle n’arriva à son poste de travail que pour tendre la main, décrocher le téléphone et prendre le message de son patron. Un œil sur la pendule, elle nota brièvement le nom du patient à préparer puis se dirigea vers la machine à café dans le hall.

La machine était béante et dévoilait ses tripes dans un enchevêtrement de tuyaux et de fils électriques. Un technicien pratiquait la première opération de la journée et s’efforçait de la remettre en état. Du coup, Jocelyne réintégra son bureau sans café et transmit le message du Dr Martini à l’anesthésiste.

Le Dr Kalmann, lui, était tout heureux car c’était son dernier jour avant les vacances. Il avait réservé un voyage aux Seychelles avec Brigitte, sa nouvelle compagne et il se promettait un séjour inoubliable. Tout à ses rêves de cocotiers et de plages immaculées, il nota le nom du patient que lui transmettait Jocelyne : Monsieur Douville ou Deville, elle n’avait pas bien compris le nom, le portable passant mal. En examinant le tableau des opérations du jour, il trouva effectivement, prévu pour midi, un monsieur Deville, chambre 15 : ablation de la vésicule biliaire. Sans se poser de question, il sonna pour envoyer un brancardier chercher M. Deville dans sa chambre.

Mon oncle m’avait demandé quelques jours avant si cela ne m’ennuyait pas de le conduire le lundi suivant dans une clinique parisienne pour se faire retirer un kyste qui grossissait dans son dos et le gênait pour conduire. Il préférait que ce soit moi qui l’accompagne plutôt que son chauffeur, qui aurait mis tout le personnel au courant. Naturellement, j’avais accepté avec enthousiasme devant cette preuve de confiance et nous avions quitté l’Oise de très bonne heure pour arriver à la clinique à 7 h 30. Ensuite j’avais aidé mon oncle à s’installer, enfiler la blouse de la clinique et déballer quelques affaires de toilette, revues et ordinateur, l’hospitalisation ne devant durer qu’une journée.

Il m’avait remercié et donné congé jusqu’au soir mais j’avais mis un point d’honneur à ne pas le quitter dans un moment pareil, étant sa seule famille. Comme la conversation languissait, mon oncle décida de faire quelques pas dans le couloir pour tromper son attente et, un peu angoissé malgré tout, aborda, contrairement à son habitude, un de ses voisins.

Le brancardier se présenta avec son chariot devant la chambre 15. Deux hommes étaient en conversation sur le palier. Il demanda M. Deville et l’un des messieurs leva la main. Il l’installa sur le brancard et les voilà partis pour le bloc où l’anesthésiste, ayant consulté le dossier préparé par le Dr Martini, entama le protocole. Il plaisantait pour rassurer le patient mais celui-ci paraissait réfractaire à l’humour. Conformément aux instructions reçues, il augmenta la dose de narcotique et posa le masque à oxygène sur le visage du patient. Puis il le coiffa du bonnet de coton et installa les appareils de contrôle à proximité tandis que l’infirmière préparait le champ opératoire et désinfectait l’abdomen.

Le Dr Martini arriva à l’heure qu’il avait prévue et se prépara à la hâte pour l’intervention. Il pénétra dans le bloc, vit le matériel préparé pour l’opération de la vésicule biliaire. Le patient était entièrement dissimulé par le drap et les appareils. Regardant sa fiche et voyant le nom Deville, il se dit que la secrétaire avait dû recevoir un contrordre de la part de M. d’Urville, qu’il n’était pas disponible ce jour-là et avait remis son opération à plus tard puisqu’il n’y avait pas urgence.

L’opération se déroula normalement. On plaça le patient en salle de réveil. L’anesthésiste était prêt à repartir quand le pouls commença à s’affoler, le cœur à s’accélérer. La respiration devenait difficile. Le malade s’agitait, en proie à de violentes convulsions. L’équipe fit tout ce qui était possible pour le sauver mais celui-ci décéda dans les dix minutes. Personne n’y comprenait rien.

Catastrophé, le Dr Martini examina entièrement le corps pour déterminer la cause du décès et, en soulevant le drap qui recouvrait le visage du mort, il s’aperçut qu’il s’agissait de M. d’Urville.  

 Il lui fallut un certain temps pour réaliser qu’il n’avait pas opéré la bonne personne mais ne pouvait s’expliquer comment une telle substitution avait été possible. L’anesthésiste confirma, dossier à l’appui, qu’il avait bien préparé le patient de la chambre 15, M. Deville. Le brancardier, que la personne décédée avait déclaré se nommer M. Deville et qu’elle était bien chambre 15. La secrétaire montra son agenda où elle avait noté les noms Douville et Deville avec un point d’interrogation car, dit-elle,  la ligne était mauvaise.

Le Dr Martini se résigna à informer la famille, moi, en l’occurrence, de l’erreur commise et du décès de son patient. Il monta à la chambre 16 où j’attendais en méditant.

Sur la table de chevet, j’avais soigneusement déposé, dans leur boîte, les appareils auditifs de mon oncle.

L’échéance

L’échéance

L’après-midi avait mal commencé pour Samuel. Il traversait une période de poisse noire ; d’abord, il avait perdu une grosse somme au poker, ensuite il avait décidé de jouer à la boule au casino, où il espérait « se refaire ». Malheureusement, il y avait laissé tout ce qui lui restait pour finir le mois. Il n’avait plus qu’une solution : emprunter de quoi continuer à jouer, mais à qui ? Tous ses voisins et connaissances étaient dans le même cas que lui. Si encore il tombait sur un joueur chanceux, il pourrait le « taper » de quelques pièces ou de quelques jetons…

Dans toute la ville on jouait avec passion, on ne vivait que pour le jeu. Les hôtels, les bars, les restaurants, les commerces même n’étaient que des annexes des salles officielles où l’on sacrifiait aux nécessités de la vie : manger, boire, dormir…, entre deux parties. Il y avait des machines à sous jusque dans les chambres et des petits malins en avaient même installé dans les toilettes !

Le jeu était la grande affaire de l’Etat et tous les bénéfices qu’il en tirait étaient réinvestis  dans toutes sortes d’appareils à sous, loteries, paris, courses, jeux de grattage, de tirage…L’imagination des fonctionnaires du Trésor ne connaissait pas de limite en la matière. Il fallait jouer, c’était « LE » devoir civique par excellence, plus encore que le travail, relégué au second plan de facteur de richesse nationale. Jouer c’était participer à la prospérité de la Nation, contribuer à sa richesse.

L’Etat était maintenant si riche que les impôts sur le revenu avaient été remplacés par une carte d’abonnement aux jeux. Chaque mois, on recevait une carte avec cent cases ; à chaque partie, la carte était pointée par l’ordinateur et on était quitte de son impôt à partir de la 90ème partie, gagnante ou perdante, peu importait. Si on gagnait un jour, il fallait rejouer le lendemain et le surlendemain pour compléter sa carte et, fatalement, on finissait par tout reperdre.

Or, on était le 30 du mois et il ne restait plus à Samuel qu’une journée pour remplir les 16 dernières cases de sa carte. Il était vraiment trop malchanceux en ce moment, il fallait trouver une solution dans la journée car, sans argent, il ne pourrait présenter sa carte et s’acquitter de son Echéance. Que se passerait-il alors ? Que répondrait-il si on l’interrogeait ? Que c’était la faute à pas de chance, qu’il ne voulait plus payer ses impôts, qu’il allait faire des heures supplémentaires, qu’il lui fallait un délai ?

Comment l’Etat réagissait-il dans son cas ? Il n’avait jamais rencontré personne qui ne soit pas à jour pour l’Echéance. Serait-il le premier ? Il entra dans un bar mais, se souvenant qu’il n’avait pas de quoi se payer une bière il se mit à roder autour des machines à sous en quête d’une pièce oubliée ou perdue par un « chanceux » qui aurait gagné le Jackpot. A force de chercher, il dénicha un jeton qui avait glissé entre un tabouret et le mur et se demanda s’il n’allait pas le jouer pour pointer sa carte. Finalement, il décida de boire sa bière et se mit à réfléchir sur son avenir immédiat.

Le barman était tellement obnubilé par la danse des roulettes où se succédaient raisins, cerises, citrons et oranges qu’il avait abandonné une bouteille de scotch sur le comptoir à portée de Samuel. Ce dernier y vit un signe du destin et se versa une bonne rasade de liquide ambré. En n’y regardant pas de trop près, on aurait cru que c’était un fond de bière, avec sa collerette de mousse collée sur le verre. Ni vu ni connu. Malheureusement la partie s’acheva sans le ding-ding espéré et le barman, revenant sur terre, s’aperçut que le niveau de sa bouteille avait baissé. Il réclama son dû et Samuel se retrouva aussi fauché que précédemment. Encore une preuve que la poisse continuait ! Il sortit du bar et prit la direction de son petit appartement.

Advienne que pourra ! Il attendrait chez lui qu’on lui demande pourquoi il n’avait pas payé son Echéance à temps. C’était l’affaire de deux ou trois jours au plus, tous les services étant informatisés. Normalement, le 30 ou le 31 du mois, tout le monde introduisait sa carte dans un des ordinateurs officiels qui enregistrait le paiement et délivrait la carte du mois suivant.

Le lendemain, Samuel resta au lit. A midi, sa concierge lui apporta une lettre qui avait été déposée par un coursier. Il avait un délai de huit heures pour pointer sa carte, faute de quoi, il s’exposait à des poursuites. Il ne bougea pas davantage. Le délai expirait à 20 h.

A 20 h 15, on sonna chez lui et deux inspecteurs du Trésor en uniforme demandèrent à voir sa carte de jeu. Ils l’emmenèrent dans un bâtiment du centre ville baptisé « Centre de Recouvrement de l’Impôt ». C’était là qu’était installé l’ordinateur central qui contrôlait les cartes. On l’introduisit dans une salle d’attente et Samuel fut surpris d’y trouver une dizaine d’hommes et de femmes, l’air anxieux, attendant leur tour de passer devant l’ordinateur. L’atmosphère était moite et confinée avec cette odeur particulière des lieux où l’on a peur. Samuel essaya de savoir si l’un d’entre eux était déjà venu mais tous étaient là pour la première fois et nul ne savait ce qui allait se passer.

Enfin, une porte s’ouvrit et un homme sortit, encadré par deux inspecteurs. Il souriait. Comme tous s’étaient levés et le pressaient de questions, il répondit qu’il avait seulement été condamné à jouer les parties manquantes sur sa carte dans le Centre même et qu’il serait libre après. C’est donc complètement rasséréné que Samuel attendit son tour et la sentence fut celle qu’il attendait : 16 parties à jouer.

Aussitôt, les Inspecteurs le conduisirent dans une salle où trônait une machine étincelante de lumières multicolores et de chromes. Elle était tellement énorme qu’il fallait un escalier pour y accéder. Samuel introduisit sa carte et la machine se mit aussitôt en marche. Samuel suivait avec fascination les symboles tournant à toute vitesse, croisant les doigts pour conjurer le sort. Il appuya sur le bouton d’arrêt et l’une après l’autre, les roues s’immobilisèrent avec le ding-ding habituel. Une pluie de pièces tomba dans le récepteur. Samuel fit une seconde partie, puis une autre et une autre encore, toujours avec le même succès. A la fin de la 16ème partie, après le ding-ding d’usage, il attendit que les pièces tombent mais rien ne se produisit et comme Samuel regardait fixement une lumière qui s’était allumée au centre de la machine, un éclair bleuté le foudroya. Il n’eut pas le temps de comprendre que c’était ainsi que les mauvais payeurs s’acquittaient de leur Echéance.