By larage

La Vie, poison amère et source de tous nos maux,
Ne doit rien au hasard car inscrite dans ces mots
Que nous utilisons pour chasser les démons
Qui habitent notre esprit, même quand nous dormons,
Et seule l’absurdité d’événements bénins,
Quand ils ne sont pas graves, bouleversent notre quotidien,
Que l’on croyait acquis par notre égocentrisme
Par la vision des choses au travers de nos prismes.

Éclipse

Début d’une aventure

 

Je m’appelle Stanislas Plantevin, je vis isolé dans une villa dont le nombre de pièces permet d’accueillir la famille ou les amis de passage et, quand je suis seul, je meuble ma solitude en réalisant des sculptures sur bois. Ma taille est dans la moyenne, 1,82 mètre pour un poids de 80 kg et ma bonne santé m’a toujours semblé normale en l’absence d’excès, bien que mes fils m’aient toujours reproché de trop fumer.

 

Sans être un grand voyageur, je pars tous les trimestres en Corse pour 3 ou 4 jours afin de me ressourcer sur cette ile exceptionnelle et où mes amis insulaires m’accueillent avec beaucoup de plaisir car je romps leur quotidien par des anecdotes qui sont réelles pour certaines et d’autres qui sont totalement inventées mais qui ressemblent tellement à ma manière d’être qu’ils en sont dupes une fois sur deux, par contre, quand ils découvrent la supercherie, ils en rient et me chahutent un peu.

 

Mon existence est sereine et pourrait être qualifiée de monotone par certains mais je n’en ai cure car elle se déroule à un rythme qui me convient. Je suis allergique aux surprises et j’aime par-dessus tout l’organisation raisonnable qui évite les possibles confusions.

 

Et arrive ce jour que j’aurais classé dans l’improbable mais … …

 

Dimanche 1er juillet 2018 …

 

Je viens de reprendre conscience, je suis allongé sur le ventre dans mon jardin, à proximité de la porte d’accès à la maison, nez sur les dalles de l’allée, lunette de travers et avec un des deux verres complètement opaque. Je ne réalise pas encore ce qui a pu se passer, un malaise vagal peut-être ? mais quand je tente de me relever une douleur extrême me fait hurler et je retombe anéanti dans la même position. Je reste immobile pour calmer cette espèce de décharge en provenance du bas de mon dos et qui semble encore crépiter tant elle a été violente. Je ne réalise pas ce qui m’arrive, je tente de vider mon esprit pour essayer de comprendre et, petit à petit, tout me revient.

 

Je n’ai pas eu de malaise mais j’ai perdu connaissance pendant quelques minutes après un choc violant au visage consécutif à un enchainement de faits stupides qui se sont associés pour aboutir à cette position couchée.

 

Je me revois, ce matin du 1er juillet, préparant mes affaires pour le bref séjour trimestriel en Corse et, pour agrémenter le pied-à-terre sagonais, terrain en bord de mer acquis il y a plus de 30 ans et que nous avions baptisé « Le Camp » à notre arrivée la première année du fait de l’installation de tentes en guise d’habitat, j’avais sélectionné une de mes sculptures en bois, un totem taillé dans un tronc d’arbre, afin de la mettre dans mes bagages. Cette pièce volumineuse n’était pas très grande, 1,20 mètre, pas très lourde, 35 Kg, j’avais 2 possibilités pour son transit entre l’aire de travail, l’allée du garage et le coffre de mon véhicule, la porter ou la déplacer avec le vieux diable. Pour limiter ma peine je fis le choix de la seconde.

 

Les pneus de ce moyen de transport étaient dégonflés et, faute de pompe adéquate, j’ai décidé de l’utiliser en l’état après un essai sur quelques mètres en marche arrière suite à l’échec de mes tentatives en avant. Malgré une instabilité due au relief du chemin emprunté, j’ai réussi à faire le tour de la maison pour atteindre l’ultime étape, descente d’un léger dévers pour une mise en position de la charge devant le coffre du véhicule.

 

Je n’avais pas prêté pas attention à l’emplacement imposé par la configuration du lieu, ni à son encombrement et c’est en aveugle j’ai reculé, mais la descente devait se limiter à un pas car mon pied en mouvement a été bloqué par une boucle d’un tuyau d’arrosage qui m’a stoppé brutalement et m’a mis en déséquilibre arrière irréversible dont j’ai accéléré le mouvement en repoussant violemment ma charge afin d’éviter qu’elle ne m’écrase.

 

Cette double force, appliquée dans la même direction, a limité ma course et mes fesses ont heurté avec une brutalité extrême le sol en béton. Douleur fulgurante qui m’a immobilisé quelques secondes avant que je ne prenne conscience de ma situation inconfortable. Le moindre mouvement m’arrachait des gémissements involontaires mais je ne pouvais pas rester dans cet équilibre précaire et extrêmement douloureux et c’est en serrant les dents que je me suis balancé, en hurlant, sur le flanc droit où je suis resté figé, savourant le mieux-être procuré par l’atténuation partielle de mes affres.

 

Après quelques secondes ou quelques minutes, je ne savais plus, j’ai basculé sur le ventre avec beaucoup de précautions pour tenter, à l’aide de mes bras, de me hisser mais en vain, la souffrance et mes jambes mortes ou incontrôlables ne me permettaient pas de me relever. Après réflexion et un court repos j’ai décidé d’aller en rampant vers le coffre de la voiture, qui était ouvert, afin de récupérer mes bâtons de marche restés à ma portée. Les deux mètres parcourus ont été une véritable torture. Ma tâche accomplie, j’ai fait une nouvelle pause avant une dernière reptation vers mon point de départ proche d’un des piliers de l’arche d’entrée. Je voulais m’en servir comme support une fois plus ou moins dressé grâce à mes deux appuis.

 

Nouveau répit au cours duquel j’ai décomposé mentalement les mouvements à entreprendre pour me retrouver debout : Prise en mains des bâtons dont les pointes seraient positionnées à hauteur de mes épaules, traction soutenue sur les poignets pour redresser mon torse avec glissement de la partie inférieure pour me permettre, dans un premier temps, de me mettre sur les genoux. Cette démarche m’a semblé faisable et à ce moment-là je bloque mon souffle pour concentrer mes efforts sur mes deux bras.

 

Ma poussée déclenchait un élancement foudroyant et m’arrachait un hurlement qui avait dû être entendu par tout le quartier car cette espèce de déchirement avait été insupportable, il m’avait fait lâcher mes deux canes et mon visage ainsi que le coude droit ont frappé le sol, me laissant groggy pendant un certain temps. Revenu à moi, face ensanglantée contre terre, je fais un rapide bilan de mon état car, en plus d’un constat sur l’impossibilité de bouger la partie inférieure de mon corps, je venais de l’aggraver par l’éclatement d’une arcade sourcilière et une paralysie partielle de la main droite.

 

Abattu, je reste couché au sol sans autre solution que celle d’appeler mes enfants à l’aide. Je réussis à extraire de la poche arrière du jean mon portable mais celui-ci reste éteint malgré toutes mes tentatives de remise en service. Il était 13h30 mais, dans ce quartier tranquille, pas un bruit ni un chat en ce début d’après-midi de dimanche et je risquais de rester des heures avant d’avoir un secours. Je ne pouvais que compter sur le passage d’un ami qui devait m’apporter des affaires à déposer en Corse, mais il n’avait pas la clé de mon portail, dans mon état je ne pourrai pas aller lui ouvrir et la télécommande était hors de ma portée.

 

Mes moindres mouvements étaient assortis de douleurs effroyables et je ne pouvais me déplacer qu’à l’aide de mes coudes, corps figé que je tirais et trainais à la force de mes avant-bras, j’ai franchi ainsi les 2 marches du palier de l’entrée, la porte d’accès étant restée ouverte, j’ai pu poursuivre dans le hall, j’ai amorcé un virage pour me diriger vers la gauche et une épée m’a traversé le dos et m’a fait perdre à nouveau connaissance. Je suis revenu à moi sans aucune notion du temps passé et j’ai poursuivi mon avance pour tenter d’atteindre mon lit, plus confortable que les dalles de marbre que je n’avais jamais vues d’aussi près.

 

Ma couche douillette m’accueillait enfin et j’ai essayé de me détendre en relâchant mes muscles contractés, sans autre résultat qu’une tension plus importante par peur que cette relaxation ne déclenche une nouvelle crise de feu dans mes reins. Je suis resté là, sans bouger et vers 18h j’ai entendu un bruit de moteur suivi de l’arrêt d’un véhicule, j’ai crié à plusieurs reprises le nom de l’ami qui devait passer me voir sans être certain que ce soit lui.

 

Un dialogue s’est instauré :

  • Gilles force la serrure du portail et viens me rejoindre je suis immobilisé

Silence, puis :

  • D’accord … … mais que se passe-t-il ?

J’étais sans force et je ne lui ai pas répondu.

 

J’ai entendu le portail s’ouvrir et des pas précipités suivis d’un bref moment d’arrêt et reprise de la course.

Gilles n’a pas prononcé un mot en arrivant devant moi car il avait vu le sang dans l’allée, des traces sur le carrelage et il a fait immédiatement le rapprochement avec l’état de mon visage sans encore comprendre ce qui avait bien pu se passer.

  • Tu as fait un malaise en sortant de voiture ou en la chargeant ?
  • Non, pas d’étourdissement, mais un accident stupide, et je lui ai raconté ma mésaventure.
  • Tu as appelé les pompiers ou le SAMU ?
  • Personne, c’est une chute sur les fesses et la douleur va passer après un petit repos.
  • Tu es tombé depuis combien de temps ?
  • 5 heures à peu près …
  • Tes douleurs se sont calmées ?
  • Non, je dirais même au contraire …
  • Tu ne peux pas rester comme ça et, joignant le geste à la parole, il a appelé les secours et a prévenu mes enfants.

 

Moins de 10 minutes plus tard les pompiers apparaissaient et, avec efficacité et un maximum de précaution, me plaçaient dans une espèce de cocon qu’ils installaient dans leur véhicule. Entre temps mes deux fils étaient arrivés et demandaient aux secouristes de m’accompagner aux urgences de l’hôpital nord où j’étais attendu.

 

Tout est allé alors très vite avec ma prise en charge immédiate grâce à l’intervention et la présence d’un ami médecin qui avait tout organisé pour une radiographie immédiate, véritable supplice au cours des manutentions pour les prises de clichés, suivi d’un scanner et de toutes les analyses nécessaires avant une éventuelle opération chirurgicale si nécessaire.

 

J’étais une véritable boule de souffrance et, même parfaitement immobile, j’avais des élancements peu supportables qui, pareil à une onde de choc, s’irradiaient dans tout le corps avec des pics d’intensité qui me mettaient à la limite de la perte de conscience. J’étais dans un état semi comateux qui ne me permettait pas de noter le traitement anti-douleur appliqué mais je finissais par ne plus rien sentir, j’avais l’impression d’être sorti de ma carcasse, non pas pour planer et voir autour de moi, mais pour me désagréger, ne plus exister et perdre toutes notions de temps, de matière et de lieu.

 

J’ai repris conscience, ou je me suis réveillé, je ne sais pas trop, mais j’étais dans un lit avec autour de moi mes enfants et mon ami médecin qui tous me regardaient avec un grand sourire. C’est l’ainé qui a pris la parole :

  • Tu peux te vanter de nous avoir fait peur.
  • Où je suis ?
  • Provisoirement dans le service de Stéphane mais tu vas être transféré au centre de rééducation Les Tilleuls dans l’après-midi pour quelques semaines.

 

J’étais un peu sonné par ce « quelques semaines » et c’est à ce moment-là que j’ai appris ma triple fracture, bassin, sacrum et col du fémur, qui ne nécessitait aucune intervention chirurgicale mais une immobilisation totale sur le dos pendant 4 semaines avant de pouvoir prendre la position assise qui durerait 4 semaines à l’issue desquelles commencerait, pendant le même temps, ma rééducation debout en piscine. Ces périodes étaient théoriques et correspondaient à la durée moyenne de consolidation des fractures avant que je puisse avoir un début d’autonomie en béquilles.

 

J’entendais plus que je n’écoutais, perdu dans mes pensées générées par cette succession d’attentes passives au cours desquelles je devrais avoir la patience de laisser mon organisme se reconstruire. J’appréhendais la période d’immobilité que je pensais ne pas pouvoir tenir mais c’était sans compter sur les signaux d’alarme donnés par mes membres inférieurs dès qu’il y avait une tentative de mouvement. Il m’était impossible de tousser et encore moins d’éternuer sans déclencher, un peu comme le jackpot d’une machine à sous, toute une série d’avertisseurs extrêmement éprouvants qui ne résonnaient qu’en moi.

 

Deux jours plus tard au cours desquels j’avais été gavé par cachets et perfusions de sédatifs puissants, le transfert de l’hôpital au centre était effectué dans les meilleures conditions et je suis arrivé dans ce nouvel environnement spécialisé sans même m’en apercevoir, les drogues ayant fait leur effet.

Le centre de rééducation

 

Placé dans une chambre individuelle, je fais la connaissance de l’équipe médical et, conscient de tout ce que j’allais endurer, le médecin en charge de mon suivi a prescrit une panoplie d’analgésiques dont, en dernier recours, et en cas de besoin, de la morphine à me faire absorber le soir après les 4 séries de remèdes de la journée. Sans réellement en prendre conscience, je suis assommé par toutes ces produits et mon temps se partage entre éveil lucide, somnolence, sommeil et perte total de repère qui me brouille presque tous les sens.

 

Je suis totalement assisté dans cet établissement remarquable, et par un personnel qui l’est tout autant, des aides-soignantes aux médecins en passant par les kinésithérapeutes et le personnel d’entretien. Leur empathie est réelle et se ressent dans leur comportement qui n’est pas un mot d’ordre mais une bienveillance générale donnant l’impression d’être pris en charge par une famille dévouée au bien-être des pensionnaires.

 

Pendant les trois premières semaines je n’ai perçu l’alternance des jours et des nuits que par la luminosité du soleil ou de l’éclairage artificiel. Quand je ne fixais pas le plafond, mon horizon était limité au mur du fond de ma chambre et, en regard panoramique, à une portion de fenêtre à gauche et l’ouverture de la salle de bain à droite. C’est un nouveau chez moi que je superpose à celui que j’ai quitté involontairement.

 

Aucun souvenir des trois premiers jours, gommés par un abrutissement psychologique et médicamenteux qui va en s’atténuant. Dans la nuit du troisième, vers 3 heures du matin, je suis réveillé par une envie d’uriner, pensant être conscient alors que je suis sous l’effet de la morphine prise quelques heures avant, je décide de descendre du lit pour aller aux toilettes.

 

Dans le clair-obscur de la chambre je constate que mon bras droit est relié à une potence par l’intermédiaire de tubes raccordés à des poches transparentes, sans réaliser que je suis sous perfusion, mes narines sont reliées, par des embouts, à un tuyau qui est, je ne l’ai su qu’après, une alimentation en oxygène. Accessoires embarrassants que je supprime en les arrachant. Nouvel obstacle, la rambarde du lit que je ne peux pas abaisser et, pour découvrir le mécanisme, j’actionne ce que je crois être la lumière mais c’est le clignotant de l’appel infirmière que j’enclenche et, très rapidement, une aide-soignante ouvre ma porte pour s’informer du motif de cet appel.

 

Quelle n’est pas sa surprise en voyant le spectacle offert et qu’elle traduit par :

  • Mais qu’avez-vous fait ?
  • Rien et c’est par erreur que je vous ai appelée, je voulais commander l’éclairage et je me suis trompé de bouton …
  • Je ne vous parle pas de ça mais de tout ce sang … Oh mon Dieu … vous avez arraché votre perfusion …

Je ne comprends pas trop mais, après avoir fermé le petit robinet de la seringue d’injection qui est restée ficher dans mon bras, elle appelle de l’aide pour qu’une femme de ménage se charge du nettoyage de la flaque de sang puis je la vois s’affairer afin de remettre tout en ordre en me promettant de me sangler sur mon lit si je cherchais à recommencer.

 

Passif, cette activité irréaliste a réactivé mes souffrances qui se traduisent par un brouillard total, je replonge dans le sommeil qui est interrompu toutes les heures pour des contrôles d’oxygénation, de prises de sang et d’absorption de panacées de toutes sortes.

 

Au matin, à l’heure du petit-déjeuner l’infirmière de service me fait un compte-rendu de ma nuit agitée en s’étonnant de ma tentative puisque j’étais dans l’incapacité physique de faire le moindre mouvement et elle attribue mon acte à la morphine qui avait dû me shooter malgré la dose infime absorbée. Je demande alors de supprimer ce sédatif qui ne semble pas me convenir.

 

Quatrième jour et moment de lucidité au cours duquel je m’aperçois de ma situation de tortue sur le dos incapable de se remettre sur ses pattes et où seule la tête est mobile pour regarder dans tous les sens afin de prendre ses repères. 8 heures, petit déjeuner servi sur un plateau posé sur une table à roulettes et première gymnastique des bras pour saisir la potence au-dessus de ma tête et redresser, avec des élancements atroces, mon corps en position repas. Je découvre également les mécanismes du lit qui permettent de le relever et d’incliner la partie supérieure pour être à la bonne hauteur.

 

Après avoir absorbé un café tiède et grignoté deux biscottes, je me détends un peu et un tapotement sur la porte me signale l’arrivée d’une aide-soignante qui, tout sourire, m’annonce que c’est l’heure de ma toilette et du remplacement de ma protection, je la regarde un peu surpris car je n’ai pas réalisé que, comme un bébé, je suis équipé d’une couche pour contenir mes déjections. Moment horrible au cours duquel cette jeune personne relève le drap, défait cette espèce de paquet placé entre mes jambes et entreprend de me nettoyer avec précaution.

 

Je me sens honteux et elle tente de me rassurer en m’expliquant qu’elle a l’habitude d’accomplir cette tâche un peu mécaniquement et qu’il n’y a aucune déchéance dans cet acte.

 

Ce n’est pas tant d’être langé comme un nourrisson qui me choque, c’est cette toilette intime, moi qui suis si pudique, me semble dégradante mais, comme elle me le précise :

  • Vous devez en prendre votre parti puisque vous allez subir ça pendant plusieurs semaines.

 

Une fois bien propre c’est le médecin qui vient faire sa visite, une grande et belle femme, toujours souriante même quand elle annonce les pires choses comme cette obligation de rester immobile pendant les semaines à venir, qui seraient suivies de celles en fauteuil pour arriver au 3 dernières au cours desquelles ma rééducation serait complétée par de la balnéothérapie pour les exercices de marche.

 

Je profite de ces détails de mon emploi du temps à venir pour évoquer mon problème de main droite. Toujours très affable elle me renseigne :

  • En ce qui concerne la paralysie de votre main droite, après radio et échographie, vous aurez la visite d’une neurologue qui déterminera le type de dommage ainsi que les interventions à faire. Je pense à des infiltrations dans un premier temps et, en l’absence de résultat, intervention chirurgicale qui ne serait pratiquée qu’après votre rétablissement total.

 

Le rythme est pris et mes journées se partagent entre le passage des infirmières pour des injections d’anticoagulant, la remise de pilules de couleur uniforme mais de tailles différentes et les visites de mes proches, famille et amis, pour me soutenir le moral. Seul, je ne peux rien faire d’autre que penser, observer et contempler le plafond car l’écriture n’est pas possible et la lecture est épuisante.

 

 

 

Le séjour

 

L’état de patient dans ce centre spécialisé de rééducation me rend dépendant à plusieurs titres, en premier pour tout ce qui concerne la vie courante, lever, coucher, toilette, soins, repas et même pour m’habiller avec mes tenues très simples, short, tee-shirt et bas de contention. Infirmières et aides-soignantes semblent être à ma disposition tant elles sont serviables et souriantes.

 

Au terme de cette troisième semaine, je peux m’asseoir, un fauteuil roulant m’a été attribué et je peux enfin changer d’horizon,

 

Le médecin traitant en charge de l’étage où je suis hébergé est, comme déjà précisé, une belle femme que j’estime grande à partir de ma position assise et dont je ne pourrai évaluer la taille réelle que quand je serai debout, avec ou sans béquilles.

 

Elle dirige son service avec rigueur, mais avec une compétence certaine, et en se souciant en permanence de l’état de ses patients ainsi que des éventuels maux qu’ils pourraient ressentir. Ses visites dans les chambres sont un réconfort remarquable et même les plus grincheux l’accueillent en souriant.

 

L’expression attribuée à Jean-Baptiste Bernadotte, ce simple soldat français né à Pau et devenu, après moult péripéties, roi de Suède et père de la dynastie régnante, “il faut, pour gouverner les Français, une main de fer recouverte d’un gant de velours” lui convient parfaitement.

 

A posteriori, et après être sorti de cet établissement remarquable, je m’aperçois que le séjour a été exceptionnel à plusieurs titres, en premier lieu, le temps passé, extrêmement long mais qui semble maintenant avoir été contracté en une période faite de multiple changements qui m’ont transformé, ni en bien, ni en mal, mais en autre chose, en second, la découverte des personnalités cachées des gens qui se livraient presque sans pudeur tant ils étaient dans un autre monde et, en dernier, la découverte d’une sérénité que je ne pensais jamais atteindre.

Création d’un roman

 

 

Image insolite d’un hiver à Marseille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conte de l’absurde ou

La vie d’Elohim BILAM

 

La Vie, poison amère et source de tous nos maux,

Ne doit rien au hasard car inscrite dans ces mots

Que nous utilisons pour chasser les démons

Qui habitent notre esprit, même quand nous dormons,

Et seule l’absurdité d’événements bénins,

Quand ils ne sont pas graves, bouleversent notre quotidien,

Que l’on croyait acquis par notre égocentrisme

Par la vision des choses au travers de nos prismes.

 

 

 


 

1

 

Avant-propos et Définitions

 

C’est autour de ces définitions de l’Absurde que l’existence d’Elohim BILAM s’est construite, comme un conte des mille et un faits qui a façonné sa manière d’être, de raisonner et d’accepter le fatalisme de la vie, rejoignant ainsi Camus dans sa définition de l’absurde.

Je ne suis que le scribe de cette vie passionnante que le vieil homme à appréhendé comme une suite de petites vies déclenchées par des faits absurdes que bien d’autres n’auraient pas perçus.

 

Internet – Wikipédia

Absurde

« En philosophie et en littérature, l’absurde est un décalage entre l’attente de l’Homme et l’expérience qu’il fait du monde, dans quelque domaine de l’activité humaine qu’il s’exprime. Il résulte donc de la contradiction d’un système par le fait. »

 

LAROUSSE

Absurde

Adjectif

(latin absurdus, discordant)

  • Qui est contraire à la raison, au sens commun, qui est aberrant, insensé : Ce raisonnement absurde aboutit à un non-sens.Il est absurde de croire aux revenants.
  • Qui parle ou agit d’une manière déraisonnable : Vous êtes absurde de vous obstiner.
  • Pour les existentialistes, se dit de la condition de l’homme, qu’ils jugent dénuée de sens, de raison d’être.

 

lintern@ute

Absurde

Adjectif, nom masculin

  • Sens 1

Contraire à la logique, à la raison ou au sens commun.

Exemple : Un raisonnement absurde.

Synonyme : aberrant

 

La-philo

 

Qu’est-ce que l’Absurde chez Camus ?

L’absurde est un concept central chez Camus et dans le courant existentialiste : l’Etranger (1942) et le Mythe de Sisyphe (1942) voient dans l’absurde un divorce entre l’homme et le monde, être les interrogations métaphysiques de l’homme et le silence du monde. Cependant, l’absurde est une expérience positive : l’expérience de l’absurde est celle de l’authenticité. Chez Camus, le non-sens des choses doit être assumé avec sérénité.

 

 

 

La vie n’est qu’un passage que nous devons étreindre

Comme l’amour d’un seul jour qui risque de s’éteindre

Au souffle du temps qui passe et qui fait oublier

Tous ces moments passés, les yeux écarquillés

Pour voir la voie lactée, merveille inaccessible

Qui nous a fait rêver, d’être un jour invincible.

1

La rencontre

 

Ecrivain en mal d’agent littéraire pour que mes romans soient connus, au moins en France, je déambulais dans les rues d’Aix en Provence et, perdu dans mes pensées, j’ai bousculé, malencontreusement, un homme d’un âge indéfinissable qui était tout aussi distrait. J’ai bien failli le faire chuter mais je l’ai prestement rattrapé et nos regards se sont croisés. Il avait cet œil vif des gens habituellement attentif mais, comme il devait me le confier plus tard, il était dans le nuage de ces pensées qui vous isolent du présent avec tous les risques que cet état peut engendrer.

Afin de me faire pardonner pour cette brutalité accidentelle et lui permettre de se remettre de ses émotions, je lui propose un café ou une boisson de son choix dans un bistro dont la terrasse a été le témoin de notre rencontre. Il accepte volontiers avec : « Une pause me fera du bien » et, sans plus attendre s’installe à une table disponible et me fait signe de le rejoindre. Un peu surpris par sa promptitude, je le regarde avec plus d’attention et je vois un homme avenant, sourire aux lèvres, comme si nous connaissions depuis toujours. De taille moyenne, le corps mince et nerveux, signe de ces temps où il devait pratiquer plusieurs disciplines sportives, cheveux mi-long de couleur argentée virant au blanc qui couvrent ses oreilles et un visage rasé de près, sillonné de rides qui l’anoblissent, un peu comme ces preux chevaliers qui vouaient leur vie à la sainte Croix. Il flotte un peu dans un costume croisé, gris à fine rayures blanches, et tout, dans sa tenue, lui confère un air d’aristocrate. Ses mains sont celles d’un pianiste, longues et fines et aucun bijou n’orne ses doigts, même pas une alliance, je poursuis cette très brève observation qui est interrompue par :

  • Votre examen est concluant ? Venez vous assoir pour que nous fassions plus ample connaissance.
  • Désolé, cette bousculade imprévue m’a un peu surpris et je cherchais à me resituer.

 

Je m’installe et, bien que cela soit sans importance, je fais des comparaisons. Je le domine d’une bonne tête, il est réellement sans âge, de cette vieillesse paisible des gens qui semblent avoir tout vu. Je suis dans l’impétuosité des garçons dans la force de l’âge, avec cette énergie quelquefois mal canalisée mais qui vous fait mordre la vie à pleine dents. Ma tenue a la sobriété de celle des représentants de commerce et ma barbe, taillée tous les 4 jours, me classe dans la mode du jour. Nous passons commande d’un café et, l’œil malicieux :

  • Vous semblez plus que surpris ?
  • Je le suis, il n’est pas dans mes habitudes d’heurter physiquement les passants, et encore moins de m’arrêter en pleine journée pour discuter avec un inconnu.
  • Vous vous y ferez, votre futur se construira à partir des conséquences d’orientations que vous auriez considéré comme improbables sans avoir pris en considération les bouleversements générés par l’absurde.
  • Je ne vous suis pas trop.
  • Pourtant vous êtes en train de vivre ce moment contraire à la logique, une inattention qui nous a fait nous mettre autour de cette table alors que vous devez avoir un emploi du temps bien rempli qui exclut toute incartade à votre ordre établi.
  • Je veux bien vous croire mais, sans être une perte de temps préjudiciable, ce n’est qu’un intermède qui n’induit rien d’autre qu’une relation brève et éphémère.
  • Vous faites erreur, vous êtes à un croisement, soit vous poursuivez votre route comme si de rien n’était, soit vous vous engagé dans une voie de découverte des absurdités dont j’ai tenu compte tout au long de mon parcours qui va s’interrompre sous peu.
  • Pourquoi ou comment faire ce choix ?
  • C’est très simple, par expérience, je savais que, sans chercher, je trouverais le narrateur de ma vie.
  • Je ne suis pas votre homme, j’ai des occupations multiples et très peu de temps à consacrer à l’écriture, autre que celle de mes romans.
  • Malgré votre préavis favorable sur mon aspect, les médecins ont estimé ma fin dans 1 ou 2 mois maximums et je vous propose de consacrer que quelques jours pour m’écouter et noter. Ce n’est ni une supplique, ni le vœu d’un condamné, c’est une offre d’enrichissement qui fera l’objet de votre prochain roman.

Je reste sans voix, il a touché ma corde sensible et, sans détour :

  • Je me présente, Jason Largo, conseil en entreprise pour gagner ma vie et écrivain par passion.
  • Elohim BILAM, mais vous en saurez plus au cours de notre prochaine rencontre qui pourrait se dérouler dans mon modeste appartement à Lambesc.
  • Quand ?
  • Demain matin 9 heures à cette adresse et Elohim me tend une carte de visite ou tout est inscrit.

Nous nous levons, après une fraction de seconde de choc, qui allait effectivement transformer mon devenir, et 10 minutes d’échanges qui m’avaient convaincues, contre mon gré, d’accepter de prendre en note les mémoires de celui qui se révèlera être un Parfait[1].

 

Ce contact semble m’avoir anesthésié et je me dirige vers mon bureau pour réorganiser ma journée du lendemain en demandant à ma secrétaire de reporter tous mes rendez-vous à des dates ultérieures sans lui donner de détail, ignorant encore si j’allais honoré cette entrevue.

 

 

 

 

Notre vie est scellée avant même la naissance,

Par nos gènes immuables, ceux de notre ascendance,

Assortis de valeurs qui guidaient nos anciens.

L’origine est perdue et comme les dalmatiens,

La blancheur de nos robes est parsemée de taches

Faites de peur et d’envies auxquelles on se rattache

Pour paraitre et non être ces Hommes fait de bonté

Qui y consacrent leur temps sans jamais le compter.

2 –

A l’origine …

L’expérience de l’absurde est celle de l’authenticité …

 

Le lendemain matin, ma curiosité a pris le pas sur mes réserves et, à l’heure dite, je me présente au domicile de monsieur Bilam. L’homme est égal à lui-même, il a troqué son costume croisé par une tenue sobre faite d’un jean délavé dont la couleur est assortie à un pull col roulée. Il me propose un café dont il semble amateur, la machine avec broyeur incorporé et les marques italiennes des grains torréfiés en sont la preuve.

 

Une fois installé il m’explique qu’il n’envisage pas l’écriture d’une biographie mais plutôt me narrer les conséquences de l’absurdité de la vie d’un petit garçon né chétif et malingre. Afin de définir le contexte, il commence par m’énumérer ses particularités qui ont orientées sa vie.

 

Son premier constat a été son problème de myopie. Myopie sévère qui lui faisait voir la vie en flou ce qui, pour lui, était un état normal. Il y avait sa fragilité épidermique qui était telle que toute exposition au soleil se traduisait par des brulures qui nécessitaient l’application d’onguents fait à partir de remèdes de bonne-femme et puis il y avait aussi son prénom : Elohim[2], assortie de son nom de famille, BILAM (Balaam[3]) qui, dans la tradition juive, est un faux prophète. Pour compléter son aspect déjà original, il fut afflué, dès l’âge de 4 ans, de lunettes en acier sur lesquelles étaient montées de véritables loupes cerclées, le tout d’un poids qui allait lui marquer le haut du nez d’un creux indélébile et, dans ses souvenirs, il avait toujours été habillé d’un tablier grisâtre à petits carreaux qui cachait des vêtements tout aussi ternes. Son allure générale en faisait le souffre-douleur des grands.

 

Jusqu’à l’âge de 12 ans, sans être un calvaire, sa vie s’est construite au travers des compromis faits de soumissions et de révoltes qui, par peur, étaient très mal maîtrisées et le rendaient encore plus vulnérable. Ces combats perdus d’avance avec les grands se traduisaient par des bleues et des paires de lunettes cassées.

 

Il fait alors un aparté concernant son mode d’éducation. À l’issue d’une de ses premières échauffourées, Elohim était rentrée chez lui, tablier déchiré et lunette en morceaux, penaud et traumatisé car il craignait la réaction de ses parents. A son arrivée, Jeanne, sa mère, lui aurait adressé ces premières paroles :

  • J’espère que tu leur as rendu … …

Phrase particulière dont il n’aurait pas perçu le sens exact, et qu’elle complétait par :

  • Tu ne t’es pas laisser faire au moins, tu leur as bien rendu leurs coups.

 

Il connaissait bien les réactions de cette mère aimante qui, quand il tombait ou qu’il se blessait, n’était pas de panser les plaies mais de lui expliquer que celles-ci étaient la conséquence d’un manque de vigilance, forcément préjudiciable, mais de là à riposter avec ses petits poings face à des brutes. Cette leçon particulière de vie devait le marquer. Il avait pris la décision de ne plus jamais se laisserait faire, mais allait-il le pouvoir ?

 

Après un nombre impressionnant de paires de lunettes cassées, une brève altercation, plus spontanée que guerrière, et les conséquences immédiates qui en ont résulté, le mirent à l’abri de nouvelles provocations et conduisirent à une forme d’assurance tranquille.

 

Des études techniques et la pluralité des formations reçues dans tous les domaines du bois, du fer, de la forge et même de la filature, bien qu’en contradiction avec ses tendances littéraires, ne pouvaient que le conduire à assimiler au mieux ces technologies dont il compensait le manque de chaleur humaine par la lecture de publications diverses allant des journaux aux romans et essais les plus abscons.

 

Edgard Poe, Kafka, Nietzsche, Kierkegaard, Camus et bien d’autres ont fait partie de ses auteurs fétiches car ils abordaient des sujets qui le torturaient et qui le mettaient dans les trances de cette vie hors du commun.

 

Il n’était pas ce qu’il paraissait et il souhaitait avoir leur plume pour raconter ses tourments, toutes les obsessions de cette vie éphémère et de cette fin qu’il attendait par simple curiosité pour cet au-delà fait d’enfer et de lumières célestes.

 

Il rêvait d’une métamorphose, non pas en vermine comme Gregor Samsa, mais en grand et beau garçon à l’image de son frère. Certes il n’était pas petit, mais dans la moyenne des tailles de l’époque, il n’était pas laid mais avait ce visage impersonnel de monsieur-tout-le-monde. Il passait inaperçu et était même, quelquefois, transparent.

 

Jeune il rêvait d’ogres et de fées bienfaisantes, il écrivait des complaintes absurdes pour enfants sages avant de devenir romancier de gares, comme il se plaisait à le dire. J’aurai à lire tous ses écrits dans lesquels, à défaut de l’être, il transcenderait ses héros qu’il décrirait comme des hommes d’exception.

 

C’est à l’aube de ce qu’il estimait être sa fin qu’il m’a demandé de narrer ce « Conte de l’absurde », tel qu’il l’a vécu, dans cette indifférence totale de ses proches qui le classaient dans les originaux ou dans cette folie douce de ces illuminés qui, tout en étant cartésien, voguent dans l’irréel des amours éternels et de celui de la femme d’une seule vie …

 

La disparition brutale de cette femme l’a mis en manque et l’a laissée à des contes qui hantent encore sa vie et qu’il voulait me narrer dans le détail, pendant de longues heures et au fil de ses derniers jours.

 

 

La myopie générale de tous nos dirigeants

N’est pas une maladie, c’est le fait d’indigents

De la bonne volonté d’accomplir leur devoir

Pour vivre dans le profit, et jusqu’à la lie boire

Les liqueurs du pouvoir qui vont les enivrer

Au point d’en oublier leurs promesses enfiévrées.

3

 

Notre première matinée s’est achevée par un claquement de ses mains sur ses cuisses pour me signifier la fin de ce monologue. Sans me consulter, rendez-vous était pris pour le lendemain à la même heure afin d’entendre la suite de ses épopées qui se sont déroulées au travers du temps passé. Pris par son récit, j’ai opiné du chef et le jour suivant j’étais devant sa porte qui s’ouvrait avant même que je ne me manifeste.

 

Sourire aux lèvres, Elohim m’accueille, m’offre un café de bienvenue et, avant même que nous l’ayons terminé, il commence par les 4 anomalies ou absurdités qui, dès sa naissance, l’ont mis en situation particulière mais il n’en prenait conscience que plus tard. Son adaptation à ces états de fait fut spontanée tout en étant, si ce n’est le guide, au moins une espèce de mécanisme automatique qui a construit sa vie.

 

La myopie fut cette première absurdité de sa jeune vie qui, au lieu de le desservir, a été un moteur car cette particularité le faisait vivre à 2 vitesses, celle du flou permanent dont il ne se souciait plus et celle de la précision qui lui permettait de tout comprendre et de ne rien laisser passer. Par compensation instinctive, son manque d’acuité visuelle développa celle de son esprit et de l’observation du détail.

 

Cette première tare, dont il ignorait la réalité pendant ses 4 premières années, s’était transformé en un avantage qui lui a permis de mieux appréhender son existence de diminué physique, selon les critères communs, et de passer au travers d’un bien grand nombre de maux par ce manque de vision à moins d’un mètre.

 

Il n’avait aucun besoin de jouer la comédie du niais, son environnement s’était chargé de le classer dans cette catégorie pour ce qu’ils estimaient être des étourderies. Peut-on reprocher à un sourd de ne pas comprendre quand il n’entend pas ce qui est dit, à un aveugle de buter dans les obstacles qu’il ne voit pas, non, ils ont des infirmités visibles qui justifient leur comportement, mais un myope qui l’ignore … ne peut être qu’une andouille.

 

La contrepartie de ces prétendues bévues pouvait être cinglante, aussi bien en paroles qu’en actes physiques, mais il s’y était habitué, ce qui n’avait fait que renforcer sa détermination de triompher de l’adversité.

 

Sa première paire de lunette aurait dû être une délivrance puisqu’elle lui permettait de passer de ce flou handicapant à la netteté des personnes et des objets qui l’entouraient, il en fut, au contraire, un peu effrayé car, dans son imaginaire, il avait défini ce qu’il ne faisait que percevoir et la comparaison entre fiction et réalité n’était pas pour le rassurer, mais il n’avait que 4 ans et, à cet âge, on s’acclimate rapidement. Il avait de surcroit la possibilité de retrouver son état antérieur en enlevant cet accessoire de vision à n’importe quel moment, ce qu’il faisait volontiers dès que la réalité le dérangeait. Un simple objet, comme cette absurde paire de lunette, a fait partie du bouleversement de sa jeune vie dont il venait de prendre conscience. …

A SUIVRE …

 

 

 

 

[1] Parfait chez les Cathares : Les règles propres aux Parfaits : ne plus mentir, ni jurer, ne plus avoir de relations sexuelles, régime alimentaire très strict et dont le seul sacrement accepté est le Consolamentum ou Consolament, qui est baptême spirituel donné par l’imposition des mains, selon des rites s’apparentant à l’Eglise primitive.

Recevant l’accolade de ses initiateurs, qui s’agenouillaient ensuite devant lui, le nouveau Parfait était censé sentir descendre sur lui l’Esprit saint. 

[2] Le mot hébreu Elohim est un pluriel. C’est le pluriel de ” Eloha ” : ” celui qui vient du ciel “, ” le Céleste “, ” l’extraterrestre”.

[3] Balamm : Selon la tradition, Balamm est le type du faux prophète, ami de l’argent et des honneurs, dont l’attitude douteuse vient en contradiction des enseignements de Dieu.

Ode à la vie

Ode à la vie

 

Mais que la vie est belle quand on sait l’apprécier

Mais que le temps est court pour tous les initiés

Des parcours sans combat, pour s’écarter du mal

Se consacrer au bien, ça n’a rien d’anormal.

 

Mais que la vie est belle pour tous les bienheureux

Qui embrasse le monde d’un baiser chaleureux.

Ils ne cherchent que la paix, n’engage aucune guerre

Ils s’intègrent dans le groupe, leur instinct est grégaire.

 

Mais que la vie est belle quand elle est harmonieuse

Faite de ces mille et un riens qui la rende si joyeuse,

Soyons gais, soyons clair, comme ces sources qui jaillissent

Pour former des torrents, sans aucun maléfice.

 

Mais que la vie est belle quand l’amour prédomine

Nous voyons tout en rose, et plus rien ne la mine,

Les amants se rejoignent dans des étreintes ardentes

Qui cèlent leur bonheur, elles n’ont rien d’impudentes.

 

Mais que la vie est belle quand on sait l’apprécier.

Mais que la vie est belle pour tous les bienheureux.

Mais que la vie est belle quand elle est harmonieuse.

Mais que la vie est belle quand l’amour prédomine.

 

Sur les Bancs publics – Rêve

C’est sur un banc public que je l’ai rencontrée

Elle s’y était assise et voulait se cloitrer

Dans le silence obtus de son amour perdu.

J’ai pris place tout près d’elle et sans être entendu

J’ai récité les vers des poètes disparus,

Ceux qui ont proclamé, sans un mot incongru,

Que la vie est trop belle pour ainsi la gâcher

Par de tristes sanglots que l’on voudrait cacher.

Mes mots, comme une musique, l’ont doucement bercée

Elle a levé la tête, ses yeux m’ont transpercé

Comme la lame affutée des êtres désespérés

Que rien ne peut atteindre, tout est décohéré.

Je lui ai pris les mains, m’arrêtant de parler,

Et c’est par ce contact qu’une larme à perlé

Première d’une marée de gouttes sans retenue

Qui viennent la libérer d’un malheur contenu.

Son regard adouci par tous ces spasmes hachés

Vient se porter sur moi, je n’en suis pas fâché

Elle peut voir autre chose que sa désespérance,

Et je peux lui offrir, contre toute apparence,

Le bonheur espéré, d’un amour passionnel.

Je veux la conquérir, lui déclarer ma flamme

Lui redonner la joie du bienfait qu’elle réclame.

 

C’est sur un banc public que je l’ai rencontrée,

J’en suis fou amoureux, et c’est à pas feutrés

Que j’ai tenté ma chance de pouvoir la séduire,

Son regard était vide, elle allait m’éconduire,

Non, elle s’en est allée, elle m’a fait endêver,

Je suis resté assis, je n’ai fait que rêver.

 

 

 

 

 

 

Essais

Anxiété

Oh rage, oh désespoir, à toi ma vieille amie,

Solitude accablante de cet origami

Fait d’un papier plié selon de strictes règles

Pour en faire une cocotte, que l’on voit comme un aigle.

Solitude je te hais, je voudrais m’envoler

Vers ces cieux merveilleux pour être auréolé

Par des amis sincères qui voudront m’adopter

Tuer ma solitude, ainsi me rédempter.

 

Histoire

Histoire d’O, histoire d’art, ou sans aucune histoire

Celles à dormir debout, ou celle qui les font choir

D’un immense piédestal où ils se sont juchés

Pour nous faire la morale et nous voir trébuché

Sur les difficultés d’une vie privée d’espoir.

Histoire d’O, histoire d’art, histoire pour nous déchoir

De nos trônes de papier, confectionnés de rêves

Et d’envie d’être aimés mais qu’ils détruisent sans trêve,

Ils veulent nous enchainer avec un lien sacré

Qui est l’obéissance, avant d’être massacrés.

Contes de l’absurde ou La vie d’Elohim BILAM

C’est autour de ces définitions de l’Absurde que l’existence d’Elohim BILAM s’est construite, comme un conte des mille et un faits qui a façonné sa manière d’être, de raisonner et d’accepter le fatalisme de la vie, rejoignant ainsi Camus dans sa définition de l’absurde.

Je ne suis que le scribe de cette vie passionnante que le vieil homme à appréhendé comme une suite de petites vies déclenchées par des faits absurdes que bien d’autres n’auraient pas perçus.