Début d’une aventure

 

Je m’appelle Stanislas Plantevin, je vis isolé dans une villa dont le nombre de pièces permet d’accueillir la famille ou les amis de passage et, quand je suis seul, je meuble ma solitude en réalisant des sculptures sur bois. Ma taille est dans la moyenne, 1,82 mètre pour un poids de 80 kg et ma bonne santé m’a toujours semblé normale en l’absence d’excès, bien que mes fils m’aient toujours reproché de trop fumer.

 

Sans être un grand voyageur, je pars tous les trimestres en Corse pour 3 ou 4 jours afin de me ressourcer sur cette ile exceptionnelle et où mes amis insulaires m’accueillent avec beaucoup de plaisir car je romps leur quotidien par des anecdotes qui sont réelles pour certaines et d’autres qui sont totalement inventées mais qui ressemblent tellement à ma manière d’être qu’ils en sont dupes une fois sur deux, par contre, quand ils découvrent la supercherie, ils en rient et me chahutent un peu.

 

Mon existence est sereine et pourrait être qualifiée de monotone par certains mais je n’en ai cure car elle se déroule à un rythme qui me convient. Je suis allergique aux surprises et j’aime par-dessus tout l’organisation raisonnable qui évite les possibles confusions.

 

Et arrive ce jour que j’aurais classé dans l’improbable mais … …

 

Dimanche 1er juillet 2018 …

 

Je viens de reprendre conscience, je suis allongé sur le ventre dans mon jardin, à proximité de la porte d’accès à la maison, nez sur les dalles de l’allée, lunette de travers et avec un des deux verres complètement opaque. Je ne réalise pas encore ce qui a pu se passer, un malaise vagal peut-être ? mais quand je tente de me relever une douleur extrême me fait hurler et je retombe anéanti dans la même position. Je reste immobile pour calmer cette espèce de décharge en provenance du bas de mon dos et qui semble encore crépiter tant elle a été violente. Je ne réalise pas ce qui m’arrive, je tente de vider mon esprit pour essayer de comprendre et, petit à petit, tout me revient.

 

Je n’ai pas eu de malaise mais j’ai perdu connaissance pendant quelques minutes après un choc violant au visage consécutif à un enchainement de faits stupides qui se sont associés pour aboutir à cette position couchée.

 

Je me revois, ce matin du 1er juillet, préparant mes affaires pour le bref séjour trimestriel en Corse et, pour agrémenter le pied-à-terre sagonais, terrain en bord de mer acquis il y a plus de 30 ans et que nous avions baptisé « Le Camp » à notre arrivée la première année du fait de l’installation de tentes en guise d’habitat, j’avais sélectionné une de mes sculptures en bois, un totem taillé dans un tronc d’arbre, afin de la mettre dans mes bagages. Cette pièce volumineuse n’était pas très grande, 1,20 mètre, pas très lourde, 35 Kg, j’avais 2 possibilités pour son transit entre l’aire de travail, l’allée du garage et le coffre de mon véhicule, la porter ou la déplacer avec le vieux diable. Pour limiter ma peine je fis le choix de la seconde.

 

Les pneus de ce moyen de transport étaient dégonflés et, faute de pompe adéquate, j’ai décidé de l’utiliser en l’état après un essai sur quelques mètres en marche arrière suite à l’échec de mes tentatives en avant. Malgré une instabilité due au relief du chemin emprunté, j’ai réussi à faire le tour de la maison pour atteindre l’ultime étape, descente d’un léger dévers pour une mise en position de la charge devant le coffre du véhicule.

 

Je n’avais pas prêté pas attention à l’emplacement imposé par la configuration du lieu, ni à son encombrement et c’est en aveugle j’ai reculé, mais la descente devait se limiter à un pas car mon pied en mouvement a été bloqué par une boucle d’un tuyau d’arrosage qui m’a stoppé brutalement et m’a mis en déséquilibre arrière irréversible dont j’ai accéléré le mouvement en repoussant violemment ma charge afin d’éviter qu’elle ne m’écrase.

 

Cette double force, appliquée dans la même direction, a limité ma course et mes fesses ont heurté avec une brutalité extrême le sol en béton. Douleur fulgurante qui m’a immobilisé quelques secondes avant que je ne prenne conscience de ma situation inconfortable. Le moindre mouvement m’arrachait des gémissements involontaires mais je ne pouvais pas rester dans cet équilibre précaire et extrêmement douloureux et c’est en serrant les dents que je me suis balancé, en hurlant, sur le flanc droit où je suis resté figé, savourant le mieux-être procuré par l’atténuation partielle de mes affres.

 

Après quelques secondes ou quelques minutes, je ne savais plus, j’ai basculé sur le ventre avec beaucoup de précautions pour tenter, à l’aide de mes bras, de me hisser mais en vain, la souffrance et mes jambes mortes ou incontrôlables ne me permettaient pas de me relever. Après réflexion et un court repos j’ai décidé d’aller en rampant vers le coffre de la voiture, qui était ouvert, afin de récupérer mes bâtons de marche restés à ma portée. Les deux mètres parcourus ont été une véritable torture. Ma tâche accomplie, j’ai fait une nouvelle pause avant une dernière reptation vers mon point de départ proche d’un des piliers de l’arche d’entrée. Je voulais m’en servir comme support une fois plus ou moins dressé grâce à mes deux appuis.

 

Nouveau répit au cours duquel j’ai décomposé mentalement les mouvements à entreprendre pour me retrouver debout : Prise en mains des bâtons dont les pointes seraient positionnées à hauteur de mes épaules, traction soutenue sur les poignets pour redresser mon torse avec glissement de la partie inférieure pour me permettre, dans un premier temps, de me mettre sur les genoux. Cette démarche m’a semblé faisable et à ce moment-là je bloque mon souffle pour concentrer mes efforts sur mes deux bras.

 

Ma poussée déclenchait un élancement foudroyant et m’arrachait un hurlement qui avait dû être entendu par tout le quartier car cette espèce de déchirement avait été insupportable, il m’avait fait lâcher mes deux canes et mon visage ainsi que le coude droit ont frappé le sol, me laissant groggy pendant un certain temps. Revenu à moi, face ensanglantée contre terre, je fais un rapide bilan de mon état car, en plus d’un constat sur l’impossibilité de bouger la partie inférieure de mon corps, je venais de l’aggraver par l’éclatement d’une arcade sourcilière et une paralysie partielle de la main droite.

 

Abattu, je reste couché au sol sans autre solution que celle d’appeler mes enfants à l’aide. Je réussis à extraire de la poche arrière du jean mon portable mais celui-ci reste éteint malgré toutes mes tentatives de remise en service. Il était 13h30 mais, dans ce quartier tranquille, pas un bruit ni un chat en ce début d’après-midi de dimanche et je risquais de rester des heures avant d’avoir un secours. Je ne pouvais que compter sur le passage d’un ami qui devait m’apporter des affaires à déposer en Corse, mais il n’avait pas la clé de mon portail, dans mon état je ne pourrai pas aller lui ouvrir et la télécommande était hors de ma portée.

 

Mes moindres mouvements étaient assortis de douleurs effroyables et je ne pouvais me déplacer qu’à l’aide de mes coudes, corps figé que je tirais et trainais à la force de mes avant-bras, j’ai franchi ainsi les 2 marches du palier de l’entrée, la porte d’accès étant restée ouverte, j’ai pu poursuivre dans le hall, j’ai amorcé un virage pour me diriger vers la gauche et une épée m’a traversé le dos et m’a fait perdre à nouveau connaissance. Je suis revenu à moi sans aucune notion du temps passé et j’ai poursuivi mon avance pour tenter d’atteindre mon lit, plus confortable que les dalles de marbre que je n’avais jamais vues d’aussi près.

 

Ma couche douillette m’accueillait enfin et j’ai essayé de me détendre en relâchant mes muscles contractés, sans autre résultat qu’une tension plus importante par peur que cette relaxation ne déclenche une nouvelle crise de feu dans mes reins. Je suis resté là, sans bouger et vers 18h j’ai entendu un bruit de moteur suivi de l’arrêt d’un véhicule, j’ai crié à plusieurs reprises le nom de l’ami qui devait passer me voir sans être certain que ce soit lui.

 

Un dialogue s’est instauré :

  • Gilles force la serrure du portail et viens me rejoindre je suis immobilisé

Silence, puis :

  • D’accord … … mais que se passe-t-il ?

J’étais sans force et je ne lui ai pas répondu.

 

J’ai entendu le portail s’ouvrir et des pas précipités suivis d’un bref moment d’arrêt et reprise de la course.

Gilles n’a pas prononcé un mot en arrivant devant moi car il avait vu le sang dans l’allée, des traces sur le carrelage et il a fait immédiatement le rapprochement avec l’état de mon visage sans encore comprendre ce qui avait bien pu se passer.

  • Tu as fait un malaise en sortant de voiture ou en la chargeant ?
  • Non, pas d’étourdissement, mais un accident stupide, et je lui ai raconté ma mésaventure.
  • Tu as appelé les pompiers ou le SAMU ?
  • Personne, c’est une chute sur les fesses et la douleur va passer après un petit repos.
  • Tu es tombé depuis combien de temps ?
  • 5 heures à peu près …
  • Tes douleurs se sont calmées ?
  • Non, je dirais même au contraire …
  • Tu ne peux pas rester comme ça et, joignant le geste à la parole, il a appelé les secours et a prévenu mes enfants.

 

Moins de 10 minutes plus tard les pompiers apparaissaient et, avec efficacité et un maximum de précaution, me plaçaient dans une espèce de cocon qu’ils installaient dans leur véhicule. Entre temps mes deux fils étaient arrivés et demandaient aux secouristes de m’accompagner aux urgences de l’hôpital nord où j’étais attendu.

 

Tout est allé alors très vite avec ma prise en charge immédiate grâce à l’intervention et la présence d’un ami médecin qui avait tout organisé pour une radiographie immédiate, véritable supplice au cours des manutentions pour les prises de clichés, suivi d’un scanner et de toutes les analyses nécessaires avant une éventuelle opération chirurgicale si nécessaire.

 

J’étais une véritable boule de souffrance et, même parfaitement immobile, j’avais des élancements peu supportables qui, pareil à une onde de choc, s’irradiaient dans tout le corps avec des pics d’intensité qui me mettaient à la limite de la perte de conscience. J’étais dans un état semi comateux qui ne me permettait pas de noter le traitement anti-douleur appliqué mais je finissais par ne plus rien sentir, j’avais l’impression d’être sorti de ma carcasse, non pas pour planer et voir autour de moi, mais pour me désagréger, ne plus exister et perdre toutes notions de temps, de matière et de lieu.

 

J’ai repris conscience, ou je me suis réveillé, je ne sais pas trop, mais j’étais dans un lit avec autour de moi mes enfants et mon ami médecin qui tous me regardaient avec un grand sourire. C’est l’ainé qui a pris la parole :

  • Tu peux te vanter de nous avoir fait peur.
  • Où je suis ?
  • Provisoirement dans le service de Stéphane mais tu vas être transféré au centre de rééducation Les Tilleuls dans l’après-midi pour quelques semaines.

 

J’étais un peu sonné par ce « quelques semaines » et c’est à ce moment-là que j’ai appris ma triple fracture, bassin, sacrum et col du fémur, qui ne nécessitait aucune intervention chirurgicale mais une immobilisation totale sur le dos pendant 4 semaines avant de pouvoir prendre la position assise qui durerait 4 semaines à l’issue desquelles commencerait, pendant le même temps, ma rééducation debout en piscine. Ces périodes étaient théoriques et correspondaient à la durée moyenne de consolidation des fractures avant que je puisse avoir un début d’autonomie en béquilles.

 

J’entendais plus que je n’écoutais, perdu dans mes pensées générées par cette succession d’attentes passives au cours desquelles je devrais avoir la patience de laisser mon organisme se reconstruire. J’appréhendais la période d’immobilité que je pensais ne pas pouvoir tenir mais c’était sans compter sur les signaux d’alarme donnés par mes membres inférieurs dès qu’il y avait une tentative de mouvement. Il m’était impossible de tousser et encore moins d’éternuer sans déclencher, un peu comme le jackpot d’une machine à sous, toute une série d’avertisseurs extrêmement éprouvants qui ne résonnaient qu’en moi.

 

Deux jours plus tard au cours desquels j’avais été gavé par cachets et perfusions de sédatifs puissants, le transfert de l’hôpital au centre était effectué dans les meilleures conditions et je suis arrivé dans ce nouvel environnement spécialisé sans même m’en apercevoir, les drogues ayant fait leur effet.

Le centre de rééducation

 

Placé dans une chambre individuelle, je fais la connaissance de l’équipe médical et, conscient de tout ce que j’allais endurer, le médecin en charge de mon suivi a prescrit une panoplie d’analgésiques dont, en dernier recours, et en cas de besoin, de la morphine à me faire absorber le soir après les 4 séries de remèdes de la journée. Sans réellement en prendre conscience, je suis assommé par toutes ces produits et mon temps se partage entre éveil lucide, somnolence, sommeil et perte total de repère qui me brouille presque tous les sens.

 

Je suis totalement assisté dans cet établissement remarquable, et par un personnel qui l’est tout autant, des aides-soignantes aux médecins en passant par les kinésithérapeutes et le personnel d’entretien. Leur empathie est réelle et se ressent dans leur comportement qui n’est pas un mot d’ordre mais une bienveillance générale donnant l’impression d’être pris en charge par une famille dévouée au bien-être des pensionnaires.

 

Pendant les trois premières semaines je n’ai perçu l’alternance des jours et des nuits que par la luminosité du soleil ou de l’éclairage artificiel. Quand je ne fixais pas le plafond, mon horizon était limité au mur du fond de ma chambre et, en regard panoramique, à une portion de fenêtre à gauche et l’ouverture de la salle de bain à droite. C’est un nouveau chez moi que je superpose à celui que j’ai quitté involontairement.

 

Aucun souvenir des trois premiers jours, gommés par un abrutissement psychologique et médicamenteux qui va en s’atténuant. Dans la nuit du troisième, vers 3 heures du matin, je suis réveillé par une envie d’uriner, pensant être conscient alors que je suis sous l’effet de la morphine prise quelques heures avant, je décide de descendre du lit pour aller aux toilettes.

 

Dans le clair-obscur de la chambre je constate que mon bras droit est relié à une potence par l’intermédiaire de tubes raccordés à des poches transparentes, sans réaliser que je suis sous perfusion, mes narines sont reliées, par des embouts, à un tuyau qui est, je ne l’ai su qu’après, une alimentation en oxygène. Accessoires embarrassants que je supprime en les arrachant. Nouvel obstacle, la rambarde du lit que je ne peux pas abaisser et, pour découvrir le mécanisme, j’actionne ce que je crois être la lumière mais c’est le clignotant de l’appel infirmière que j’enclenche et, très rapidement, une aide-soignante ouvre ma porte pour s’informer du motif de cet appel.

 

Quelle n’est pas sa surprise en voyant le spectacle offert et qu’elle traduit par :

  • Mais qu’avez-vous fait ?
  • Rien et c’est par erreur que je vous ai appelée, je voulais commander l’éclairage et je me suis trompé de bouton …
  • Je ne vous parle pas de ça mais de tout ce sang … Oh mon Dieu … vous avez arraché votre perfusion …

Je ne comprends pas trop mais, après avoir fermé le petit robinet de la seringue d’injection qui est restée ficher dans mon bras, elle appelle de l’aide pour qu’une femme de ménage se charge du nettoyage de la flaque de sang puis je la vois s’affairer afin de remettre tout en ordre en me promettant de me sangler sur mon lit si je cherchais à recommencer.

 

Passif, cette activité irréaliste a réactivé mes souffrances qui se traduisent par un brouillard total, je replonge dans le sommeil qui est interrompu toutes les heures pour des contrôles d’oxygénation, de prises de sang et d’absorption de panacées de toutes sortes.

 

Au matin, à l’heure du petit-déjeuner l’infirmière de service me fait un compte-rendu de ma nuit agitée en s’étonnant de ma tentative puisque j’étais dans l’incapacité physique de faire le moindre mouvement et elle attribue mon acte à la morphine qui avait dû me shooter malgré la dose infime absorbée. Je demande alors de supprimer ce sédatif qui ne semble pas me convenir.

 

Quatrième jour et moment de lucidité au cours duquel je m’aperçois de ma situation de tortue sur le dos incapable de se remettre sur ses pattes et où seule la tête est mobile pour regarder dans tous les sens afin de prendre ses repères. 8 heures, petit déjeuner servi sur un plateau posé sur une table à roulettes et première gymnastique des bras pour saisir la potence au-dessus de ma tête et redresser, avec des élancements atroces, mon corps en position repas. Je découvre également les mécanismes du lit qui permettent de le relever et d’incliner la partie supérieure pour être à la bonne hauteur.

 

Après avoir absorbé un café tiède et grignoté deux biscottes, je me détends un peu et un tapotement sur la porte me signale l’arrivée d’une aide-soignante qui, tout sourire, m’annonce que c’est l’heure de ma toilette et du remplacement de ma protection, je la regarde un peu surpris car je n’ai pas réalisé que, comme un bébé, je suis équipé d’une couche pour contenir mes déjections. Moment horrible au cours duquel cette jeune personne relève le drap, défait cette espèce de paquet placé entre mes jambes et entreprend de me nettoyer avec précaution.

 

Je me sens honteux et elle tente de me rassurer en m’expliquant qu’elle a l’habitude d’accomplir cette tâche un peu mécaniquement et qu’il n’y a aucune déchéance dans cet acte.

 

Ce n’est pas tant d’être langé comme un nourrisson qui me choque, c’est cette toilette intime, moi qui suis si pudique, me semble dégradante mais, comme elle me le précise :

  • Vous devez en prendre votre parti puisque vous allez subir ça pendant plusieurs semaines.

 

Une fois bien propre c’est le médecin qui vient faire sa visite, une grande et belle femme, toujours souriante même quand elle annonce les pires choses comme cette obligation de rester immobile pendant les semaines à venir, qui seraient suivies de celles en fauteuil pour arriver au 3 dernières au cours desquelles ma rééducation serait complétée par de la balnéothérapie pour les exercices de marche.

 

Je profite de ces détails de mon emploi du temps à venir pour évoquer mon problème de main droite. Toujours très affable elle me renseigne :

  • En ce qui concerne la paralysie de votre main droite, après radio et échographie, vous aurez la visite d’une neurologue qui déterminera le type de dommage ainsi que les interventions à faire. Je pense à des infiltrations dans un premier temps et, en l’absence de résultat, intervention chirurgicale qui ne serait pratiquée qu’après votre rétablissement total.

 

Le rythme est pris et mes journées se partagent entre le passage des infirmières pour des injections d’anticoagulant, la remise de pilules de couleur uniforme mais de tailles différentes et les visites de mes proches, famille et amis, pour me soutenir le moral. Seul, je ne peux rien faire d’autre que penser, observer et contempler le plafond car l’écriture n’est pas possible et la lecture est épuisante.

 

 

 

Le séjour

 

L’état de patient dans ce centre spécialisé de rééducation me rend dépendant à plusieurs titres, en premier pour tout ce qui concerne la vie courante, lever, coucher, toilette, soins, repas et même pour m’habiller avec mes tenues très simples, short, tee-shirt et bas de contention. Infirmières et aides-soignantes semblent être à ma disposition tant elles sont serviables et souriantes.

 

Au terme de cette troisième semaine, je peux m’asseoir, un fauteuil roulant m’a été attribué et je peux enfin changer d’horizon,

 

Le médecin traitant en charge de l’étage où je suis hébergé est, comme déjà précisé, une belle femme que j’estime grande à partir de ma position assise et dont je ne pourrai évaluer la taille réelle que quand je serai debout, avec ou sans béquilles.

 

Elle dirige son service avec rigueur, mais avec une compétence certaine, et en se souciant en permanence de l’état de ses patients ainsi que des éventuels maux qu’ils pourraient ressentir. Ses visites dans les chambres sont un réconfort remarquable et même les plus grincheux l’accueillent en souriant.

 

L’expression attribuée à Jean-Baptiste Bernadotte, ce simple soldat français né à Pau et devenu, après moult péripéties, roi de Suède et père de la dynastie régnante, “il faut, pour gouverner les Français, une main de fer recouverte d’un gant de velours” lui convient parfaitement.

 

A posteriori, et après être sorti de cet établissement remarquable, je m’aperçois que le séjour a été exceptionnel à plusieurs titres, en premier lieu, le temps passé, extrêmement long mais qui semble maintenant avoir été contracté en une période faite de multiple changements qui m’ont transformé, ni en bien, ni en mal, mais en autre chose, en second, la découverte des personnalités cachées des gens qui se livraient presque sans pudeur tant ils étaient dans un autre monde et, en dernier, la découverte d’une sérénité que je ne pensais jamais atteindre.

Commentaires

  1. YVES MAYET says:

    C’est intéressant, expérience douloureuse dont Stanislas ce serait bien passé…

  2. larage says:

    Comme toutes les expériences, celle-ci a été très instructive sur de nombreux points …

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