Souvenirs

Rangez-moi dans l’armoire des souvenirs anciens

Dans celle qu’on n’ouvre plus, celle de ces pharmaciens

Dont les potions magiques ne sont plus préparées

Celles qui soignaient les maux, celles qui vous amarraient

A la réalité, à cet espoir d’un jour

Où tout serait permis, pour atteindre l’Amour

 

Rangez-moi dans l’armoire des souvenirs perdus

Dans celle que j’ai fermée, par passion éperdue,

Afin de supporter le vide de cet abîme

Qui sépare à jamais nos deux vies éponymes[1]

Mais qui restent sans nom, sans qualificatif

Par le manque total de ces liens créatifs.

 

Rangez-moi dans l’armoire des souvenirs stupides

Dans celle que j’ai conçue pour cet homme turpide[2]

Que je suis devenu, et que je veux garder

Pour enfouir le paria, qui veut se regarder

Dans le miroir magique des illusions grandioses

Celles de tous les pouvoirs, mais qui sont amphibioses[3].

 

Rangez-moi dans l’armoire des souvenirs heureux,

Dans celle qui reste ouverte à tous ces bienheureux

Qui espèrent le meilleur dans leur vie de pantin

Manipulé par Dieu ou démiurge enfantin

Qui ne laisse aucune place à l’imagination,

D’un bonheur sans limite, qui n’est qu’aberration.

 

Rangez-moi dans l’armoire de ce qui est abyme[4],

Constructions qui s’emboitent mais qui sont synonymes

Avec des noms dantesques qui nous ouvrent la porte

De nos rêves interdits par nos vies de cloportes

Ce crustacé terrestre qui vit en lieu humide,

Dans la fange putride, et qui n’est que plasmide[5].

 

Rangez-moi dans la case de vos rêves interdits

Par cette morale stérile des bourgeois engourdis

Par cette moralité faite de règles et de lois,

Jamais outrepassées mais qu’ils violent sans bonne foi

Pour atteindre les sommets de cette gloire éphémère

Qui les fait se vautrer dans une absurdité amère.

 

De grâce, ne rangez rien, et laissez-moi partir

Sans les armes et bagages d’un maudit souvenir.

[1] Eponyme : Qui donne un nom à quelque chose

[2] Turpide : homme d’une certaine laideur

[3] Amphibiose : vie des espèces amphibies

[4] Abyme : Œuvre citée et emboitée à l’intérieur d’une autre

[5] Plasmide : Séparé et indépendant du fragment principal

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