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Création d’un roman

 

 

Image insolite d’un hiver à Marseille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conte de l’absurde ou

La vie d’Elohim BILAM

 

La Vie, poison amère et source de tous nos maux,

Ne doit rien au hasard car inscrite dans ces mots

Que nous utilisons pour chasser les démons

Qui habitent notre esprit, même quand nous dormons,

Et seule l’absurdité d’événements bénins,

Quand ils ne sont pas graves, bouleversent notre quotidien,

Que l’on croyait acquis par notre égocentrisme

Par la vision des choses au travers de nos prismes.

 

 

 


 

1

 

Avant-propos et Définitions

 

C’est autour de ces définitions de l’Absurde que l’existence d’Elohim BILAM s’est construite, comme un conte des mille et un faits qui a façonné sa manière d’être, de raisonner et d’accepter le fatalisme de la vie, rejoignant ainsi Camus dans sa définition de l’absurde.

Je ne suis que le scribe de cette vie passionnante que le vieil homme à appréhendé comme une suite de petites vies déclenchées par des faits absurdes que bien d’autres n’auraient pas perçus.

 

Internet – Wikipédia

Absurde

« En philosophie et en littérature, l’absurde est un décalage entre l’attente de l’Homme et l’expérience qu’il fait du monde, dans quelque domaine de l’activité humaine qu’il s’exprime. Il résulte donc de la contradiction d’un système par le fait. »

 

LAROUSSE

Absurde

Adjectif

(latin absurdus, discordant)

  • Qui est contraire à la raison, au sens commun, qui est aberrant, insensé : Ce raisonnement absurde aboutit à un non-sens.Il est absurde de croire aux revenants.
  • Qui parle ou agit d’une manière déraisonnable : Vous êtes absurde de vous obstiner.
  • Pour les existentialistes, se dit de la condition de l’homme, qu’ils jugent dénuée de sens, de raison d’être.

 

lintern@ute

Absurde

Adjectif, nom masculin

  • Sens 1

Contraire à la logique, à la raison ou au sens commun.

Exemple : Un raisonnement absurde.

Synonyme : aberrant

 

La-philo

 

Qu’est-ce que l’Absurde chez Camus ?

L’absurde est un concept central chez Camus et dans le courant existentialiste : l’Etranger (1942) et le Mythe de Sisyphe (1942) voient dans l’absurde un divorce entre l’homme et le monde, être les interrogations métaphysiques de l’homme et le silence du monde. Cependant, l’absurde est une expérience positive : l’expérience de l’absurde est celle de l’authenticité. Chez Camus, le non-sens des choses doit être assumé avec sérénité.

 

 

 

La vie n’est qu’un passage que nous devons étreindre

Comme l’amour d’un seul jour qui risque de s’éteindre

Au souffle du temps qui passe et qui fait oublier

Tous ces moments passés, les yeux écarquillés

Pour voir la voie lactée, merveille inaccessible

Qui nous a fait rêver, d’être un jour invincible.

1

La rencontre

 

Ecrivain en mal d’agent littéraire pour que mes romans soient connus, au moins en France, je déambulais dans les rues d’Aix en Provence et, perdu dans mes pensées, j’ai bousculé, malencontreusement, un homme d’un âge indéfinissable qui était tout aussi distrait. J’ai bien failli le faire chuter mais je l’ai prestement rattrapé et nos regards se sont croisés. Il avait cet œil vif des gens habituellement attentif mais, comme il devait me le confier plus tard, il était dans le nuage de ces pensées qui vous isolent du présent avec tous les risques que cet état peut engendrer.

Afin de me faire pardonner pour cette brutalité accidentelle et lui permettre de se remettre de ses émotions, je lui propose un café ou une boisson de son choix dans un bistro dont la terrasse a été le témoin de notre rencontre. Il accepte volontiers avec : « Une pause me fera du bien » et, sans plus attendre s’installe à une table disponible et me fait signe de le rejoindre. Un peu surpris par sa promptitude, je le regarde avec plus d’attention et je vois un homme avenant, sourire aux lèvres, comme si nous connaissions depuis toujours. De taille moyenne, le corps mince et nerveux, signe de ces temps où il devait pratiquer plusieurs disciplines sportives, cheveux mi-long de couleur argentée virant au blanc qui couvrent ses oreilles et un visage rasé de près, sillonné de rides qui l’anoblissent, un peu comme ces preux chevaliers qui vouaient leur vie à la sainte Croix. Il flotte un peu dans un costume croisé, gris à fine rayures blanches, et tout, dans sa tenue, lui confère un air d’aristocrate. Ses mains sont celles d’un pianiste, longues et fines et aucun bijou n’orne ses doigts, même pas une alliance, je poursuis cette très brève observation qui est interrompue par :

  • Votre examen est concluant ? Venez vous assoir pour que nous fassions plus ample connaissance.
  • Désolé, cette bousculade imprévue m’a un peu surpris et je cherchais à me resituer.

 

Je m’installe et, bien que cela soit sans importance, je fais des comparaisons. Je le domine d’une bonne tête, il est réellement sans âge, de cette vieillesse paisible des gens qui semblent avoir tout vu. Je suis dans l’impétuosité des garçons dans la force de l’âge, avec cette énergie quelquefois mal canalisée mais qui vous fait mordre la vie à pleine dents. Ma tenue a la sobriété de celle des représentants de commerce et ma barbe, taillée tous les 4 jours, me classe dans la mode du jour. Nous passons commande d’un café et, l’œil malicieux :

  • Vous semblez plus que surpris ?
  • Je le suis, il n’est pas dans mes habitudes d’heurter physiquement les passants, et encore moins de m’arrêter en pleine journée pour discuter avec un inconnu.
  • Vous vous y ferez, votre futur se construira à partir des conséquences d’orientations que vous auriez considéré comme improbables sans avoir pris en considération les bouleversements générés par l’absurde.
  • Je ne vous suis pas trop.
  • Pourtant vous êtes en train de vivre ce moment contraire à la logique, une inattention qui nous a fait nous mettre autour de cette table alors que vous devez avoir un emploi du temps bien rempli qui exclut toute incartade à votre ordre établi.
  • Je veux bien vous croire mais, sans être une perte de temps préjudiciable, ce n’est qu’un intermède qui n’induit rien d’autre qu’une relation brève et éphémère.
  • Vous faites erreur, vous êtes à un croisement, soit vous poursuivez votre route comme si de rien n’était, soit vous vous engagé dans une voie de découverte des absurdités dont j’ai tenu compte tout au long de mon parcours qui va s’interrompre sous peu.
  • Pourquoi ou comment faire ce choix ?
  • C’est très simple, par expérience, je savais que, sans chercher, je trouverais le narrateur de ma vie.
  • Je ne suis pas votre homme, j’ai des occupations multiples et très peu de temps à consacrer à l’écriture, autre que celle de mes romans.
  • Malgré votre préavis favorable sur mon aspect, les médecins ont estimé ma fin dans 1 ou 2 mois maximums et je vous propose de consacrer que quelques jours pour m’écouter et noter. Ce n’est ni une supplique, ni le vœu d’un condamné, c’est une offre d’enrichissement qui fera l’objet de votre prochain roman.

Je reste sans voix, il a touché ma corde sensible et, sans détour :

  • Je me présente, Jason Largo, conseil en entreprise pour gagner ma vie et écrivain par passion.
  • Elohim BILAM, mais vous en saurez plus au cours de notre prochaine rencontre qui pourrait se dérouler dans mon modeste appartement à Lambesc.
  • Quand ?
  • Demain matin 9 heures à cette adresse et Elohim me tend une carte de visite ou tout est inscrit.

Nous nous levons, après une fraction de seconde de choc, qui allait effectivement transformer mon devenir, et 10 minutes d’échanges qui m’avaient convaincues, contre mon gré, d’accepter de prendre en note les mémoires de celui qui se révèlera être un Parfait[1].

 

Ce contact semble m’avoir anesthésié et je me dirige vers mon bureau pour réorganiser ma journée du lendemain en demandant à ma secrétaire de reporter tous mes rendez-vous à des dates ultérieures sans lui donner de détail, ignorant encore si j’allais honoré cette entrevue.

 

 

 

 

Notre vie est scellée avant même la naissance,

Par nos gènes immuables, ceux de notre ascendance,

Assortis de valeurs qui guidaient nos anciens.

L’origine est perdue et comme les dalmatiens,

La blancheur de nos robes est parsemée de taches

Faites de peur et d’envies auxquelles on se rattache

Pour paraitre et non être ces Hommes fait de bonté

Qui y consacrent leur temps sans jamais le compter.

2 –

A l’origine …

L’expérience de l’absurde est celle de l’authenticité …

 

Le lendemain matin, ma curiosité a pris le pas sur mes réserves et, à l’heure dite, je me présente au domicile de monsieur Bilam. L’homme est égal à lui-même, il a troqué son costume croisé par une tenue sobre faite d’un jean délavé dont la couleur est assortie à un pull col roulée. Il me propose un café dont il semble amateur, la machine avec broyeur incorporé et les marques italiennes des grains torréfiés en sont la preuve.

 

Une fois installé il m’explique qu’il n’envisage pas l’écriture d’une biographie mais plutôt me narrer les conséquences de l’absurdité de la vie d’un petit garçon né chétif et malingre. Afin de définir le contexte, il commence par m’énumérer ses particularités qui ont orientées sa vie.

 

Son premier constat a été son problème de myopie. Myopie sévère qui lui faisait voir la vie en flou ce qui, pour lui, était un état normal. Il y avait sa fragilité épidermique qui était telle que toute exposition au soleil se traduisait par des brulures qui nécessitaient l’application d’onguents fait à partir de remèdes de bonne-femme et puis il y avait aussi son prénom : Elohim[2], assortie de son nom de famille, BILAM (Balaam[3]) qui, dans la tradition juive, est un faux prophète. Pour compléter son aspect déjà original, il fut afflué, dès l’âge de 4 ans, de lunettes en acier sur lesquelles étaient montées de véritables loupes cerclées, le tout d’un poids qui allait lui marquer le haut du nez d’un creux indélébile et, dans ses souvenirs, il avait toujours été habillé d’un tablier grisâtre à petits carreaux qui cachait des vêtements tout aussi ternes. Son allure générale en faisait le souffre-douleur des grands.

 

Jusqu’à l’âge de 12 ans, sans être un calvaire, sa vie s’est construite au travers des compromis faits de soumissions et de révoltes qui, par peur, étaient très mal maîtrisées et le rendaient encore plus vulnérable. Ces combats perdus d’avance avec les grands se traduisaient par des bleues et des paires de lunettes cassées.

 

Il fait alors un aparté concernant son mode d’éducation. À l’issue d’une de ses premières échauffourées, Elohim était rentrée chez lui, tablier déchiré et lunette en morceaux, penaud et traumatisé car il craignait la réaction de ses parents. A son arrivée, Jeanne, sa mère, lui aurait adressé ces premières paroles :

  • J’espère que tu leur as rendu … …

Phrase particulière dont il n’aurait pas perçu le sens exact, et qu’elle complétait par :

  • Tu ne t’es pas laisser faire au moins, tu leur as bien rendu leurs coups.

 

Il connaissait bien les réactions de cette mère aimante qui, quand il tombait ou qu’il se blessait, n’était pas de panser les plaies mais de lui expliquer que celles-ci étaient la conséquence d’un manque de vigilance, forcément préjudiciable, mais de là à riposter avec ses petits poings face à des brutes. Cette leçon particulière de vie devait le marquer. Il avait pris la décision de ne plus jamais se laisserait faire, mais allait-il le pouvoir ?

 

Après un nombre impressionnant de paires de lunettes cassées, une brève altercation, plus spontanée que guerrière, et les conséquences immédiates qui en ont résulté, le mirent à l’abri de nouvelles provocations et conduisirent à une forme d’assurance tranquille.

 

Des études techniques et la pluralité des formations reçues dans tous les domaines du bois, du fer, de la forge et même de la filature, bien qu’en contradiction avec ses tendances littéraires, ne pouvaient que le conduire à assimiler au mieux ces technologies dont il compensait le manque de chaleur humaine par la lecture de publications diverses allant des journaux aux romans et essais les plus abscons.

 

Edgard Poe, Kafka, Nietzsche, Kierkegaard, Camus et bien d’autres ont fait partie de ses auteurs fétiches car ils abordaient des sujets qui le torturaient et qui le mettaient dans les trances de cette vie hors du commun.

 

Il n’était pas ce qu’il paraissait et il souhaitait avoir leur plume pour raconter ses tourments, toutes les obsessions de cette vie éphémère et de cette fin qu’il attendait par simple curiosité pour cet au-delà fait d’enfer et de lumières célestes.

 

Il rêvait d’une métamorphose, non pas en vermine comme Gregor Samsa, mais en grand et beau garçon à l’image de son frère. Certes il n’était pas petit, mais dans la moyenne des tailles de l’époque, il n’était pas laid mais avait ce visage impersonnel de monsieur-tout-le-monde. Il passait inaperçu et était même, quelquefois, transparent.

 

Jeune il rêvait d’ogres et de fées bienfaisantes, il écrivait des complaintes absurdes pour enfants sages avant de devenir romancier de gares, comme il se plaisait à le dire. J’aurai à lire tous ses écrits dans lesquels, à défaut de l’être, il transcenderait ses héros qu’il décrirait comme des hommes d’exception.

 

C’est à l’aube de ce qu’il estimait être sa fin qu’il m’a demandé de narrer ce « Conte de l’absurde », tel qu’il l’a vécu, dans cette indifférence totale de ses proches qui le classaient dans les originaux ou dans cette folie douce de ces illuminés qui, tout en étant cartésien, voguent dans l’irréel des amours éternels et de celui de la femme d’une seule vie …

 

La disparition brutale de cette femme l’a mis en manque et l’a laissée à des contes qui hantent encore sa vie et qu’il voulait me narrer dans le détail, pendant de longues heures et au fil de ses derniers jours.

 

 

La myopie générale de tous nos dirigeants

N’est pas une maladie, c’est le fait d’indigents

De la bonne volonté d’accomplir leur devoir

Pour vivre dans le profit, et jusqu’à la lie boire

Les liqueurs du pouvoir qui vont les enivrer

Au point d’en oublier leurs promesses enfiévrées.

3

 

Notre première matinée s’est achevée par un claquement de ses mains sur ses cuisses pour me signifier la fin de ce monologue. Sans me consulter, rendez-vous était pris pour le lendemain à la même heure afin d’entendre la suite de ses épopées qui se sont déroulées au travers du temps passé. Pris par son récit, j’ai opiné du chef et le jour suivant j’étais devant sa porte qui s’ouvrait avant même que je ne me manifeste.

 

Sourire aux lèvres, Elohim m’accueille, m’offre un café de bienvenue et, avant même que nous l’ayons terminé, il commence par les 4 anomalies ou absurdités qui, dès sa naissance, l’ont mis en situation particulière mais il n’en prenait conscience que plus tard. Son adaptation à ces états de fait fut spontanée tout en étant, si ce n’est le guide, au moins une espèce de mécanisme automatique qui a construit sa vie.

 

La myopie fut cette première absurdité de sa jeune vie qui, au lieu de le desservir, a été un moteur car cette particularité le faisait vivre à 2 vitesses, celle du flou permanent dont il ne se souciait plus et celle de la précision qui lui permettait de tout comprendre et de ne rien laisser passer. Par compensation instinctive, son manque d’acuité visuelle développa celle de son esprit et de l’observation du détail.

 

Cette première tare, dont il ignorait la réalité pendant ses 4 premières années, s’était transformé en un avantage qui lui a permis de mieux appréhender son existence de diminué physique, selon les critères communs, et de passer au travers d’un bien grand nombre de maux par ce manque de vision à moins d’un mètre.

 

Il n’avait aucun besoin de jouer la comédie du niais, son environnement s’était chargé de le classer dans cette catégorie pour ce qu’ils estimaient être des étourderies. Peut-on reprocher à un sourd de ne pas comprendre quand il n’entend pas ce qui est dit, à un aveugle de buter dans les obstacles qu’il ne voit pas, non, ils ont des infirmités visibles qui justifient leur comportement, mais un myope qui l’ignore … ne peut être qu’une andouille.

 

La contrepartie de ces prétendues bévues pouvait être cinglante, aussi bien en paroles qu’en actes physiques, mais il s’y était habitué, ce qui n’avait fait que renforcer sa détermination de triompher de l’adversité.

 

Sa première paire de lunette aurait dû être une délivrance puisqu’elle lui permettait de passer de ce flou handicapant à la netteté des personnes et des objets qui l’entouraient, il en fut, au contraire, un peu effrayé car, dans son imaginaire, il avait défini ce qu’il ne faisait que percevoir et la comparaison entre fiction et réalité n’était pas pour le rassurer, mais il n’avait que 4 ans et, à cet âge, on s’acclimate rapidement. Il avait de surcroit la possibilité de retrouver son état antérieur en enlevant cet accessoire de vision à n’importe quel moment, ce qu’il faisait volontiers dès que la réalité le dérangeait. Un simple objet, comme cette absurde paire de lunette, a fait partie du bouleversement de sa jeune vie dont il venait de prendre conscience. …

A SUIVRE …

 

 

 

 

[1] Parfait chez les Cathares : Les règles propres aux Parfaits : ne plus mentir, ni jurer, ne plus avoir de relations sexuelles, régime alimentaire très strict et dont le seul sacrement accepté est le Consolamentum ou Consolament, qui est baptême spirituel donné par l’imposition des mains, selon des rites s’apparentant à l’Eglise primitive.

Recevant l’accolade de ses initiateurs, qui s’agenouillaient ensuite devant lui, le nouveau Parfait était censé sentir descendre sur lui l’Esprit saint. 

[2] Le mot hébreu Elohim est un pluriel. C’est le pluriel de ” Eloha ” : ” celui qui vient du ciel “, ” le Céleste “, ” l’extraterrestre”.

[3] Balamm : Selon la tradition, Balamm est le type du faux prophète, ami de l’argent et des honneurs, dont l’attitude douteuse vient en contradiction des enseignements de Dieu.